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des débordemens du Mançanarès, qui au reste n’entre point dans Madrid, mais passe à côté, vis-à-vis du palais royal.

Mançanarès, (Géog.) petite ville d’Espagne dans la nouvelle Castille, au pié des montagnes de Gadarama, qui partagent les deux Castilles. C’est le chef-lieu d’un petit petit pays de son nom, à la source du ruisseau de Mançanarès, & à huit lieues de Madrid. (D. J.)

MANCANILLA, (Bot.) genre de plante à fleur en chaton, formée de plusieurs sommets serrés les uns contre les autres, & attachés à un axe. Les embryons naissent sur le même arbre, mais séparés des fleurs, & deviennent dans la suite un fruit rond, charnu, qui contient une amande ligneuse, ridée & de même forme que le fruit. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez Plante.

MANCENILLIER, s. m. (Botan.) grand arbre très-commun sur les bords de la mer, le long des côtes de le terre-ferme & des îles de l’Amérique situées entre les tropiques.

Les feuilles de cet arbre ont du rapport à celles du poirier ; il porte un fruit rond, peu charnu, rempli d’une substance osseuse & coriace ; ce fruit jaunit un peu en mûrissant, & ressemble beaucoup, à la couleur près, aux pommes d’api. L’odeur en est si suave & si appétissante, qu’on est vivement tenté d’en manger. C’est un des plus violens poisons de la nature ; sa causticité est telle, qu’elle occasionne en peu de tems des inflammations & de douleurs si vives, qu’il est impossible d’y résister.

Le remede le plus efficace pour ceux qui ont eu le malheur d’en manger, est de leur faire avaler beaucoup d’huile chaude, pour les exciter à vomir. On leur fait prendre ensuite des choses adoucissantes, comme du lait ; mais quelques soins que l’on apporte, l’impression reste long-tems dans le corps, & le malade traîne une vie languissante.

L’écorce & les feuilles de mancenillier renferment un suc laiteux, extrèmement blanc & fort épais ; il s’écoule à la moindre incision ; & s’il tombe sur la chair, il y produit l’effet de l’huile bouillante. L’eau qui séjourne pendant quelques minutes sur les feuilles du mancenillier, contracte une qualité si mal faisante, que ceux qui ont l’imprudence de se réfugier sous ces arbres, lorsqu’il pleut, sont bientôt couverts de boussoles très-douloureuses, qui laissent des taches livides sur tous les endroits de la peau qui ont reçu des gouttes d’eau. Il est même dangereux de s’endormir à l’ombre des mancenilliers ; leur atmosphere est si venimeuse, qu’elle cause des maux de tête, des inflammations aux yeux, & des cuissons sur les levres.

Le mancenillier sert à construire de très-beaux meubles ; c’est un des plus beaux bois de l’Amérique : il est dur, compacte, pesant, incorruptible, prenant très-bien le poli lorsqu’il est travaillé. Sa couleur est d’un gris clair, un peu jaunâtre, ondé & varié de nuances couleur d’olive tirant sur le noir. Ce bois est fort difficile à employer, non-seulement par le danger auquel s’exposent ceux qui abattent les arbres, mais encore par la poussiere dangereuse que peuvent respirer les ouvriers qui le scient & le mettent en œuvre, sur-tout lorsqu’il n’est pas bien sec.

Quand on veut abattre un mancenillier, on commence par allumer au-tour du pié un grand feu de bois sec : il faut en éviter la fumée, crainte d’en être incommodé ; & quand on juge que l’humidité est consumée, on peut y mettre la hache : malgré cette précaution, on a bien de la peine à se garantir des accidens. Plus de vingt travailleurs que j’employai à couper un grand nombre de ces arbres sur les côtes de l’île de la Grenade, à quelque distance du port, revinrent tous si maltraités de ce travail, que plu-


sieurs d’entr’eux ne voyoient plus à se conduire, ayant les yeux couverts de croûtes aussi épaisses que le doigt. Cette incommodité subsista plus de quinze jours, malgré les soins que l’on prit de les frotter avec des linimens adoucissans & dessicatifs.

On prétend que le lait de femme tout chaud, sortant des mamelles, est un souverain remede contre les inflammations des yeux causées par le suc du mancenillier. Ce suc sert aux sauvages pour empoisonner leurs fleches, dont les blessures deviennent presqu’incurables, si l’on n’est promptement secouru.

Le mancenillier, ou l’arbre de mancenilles, a été ainsi nommé par les Espagnols de la nouvelle Espagne, en latin macanilla. Arbor toxica & lactea, fructu suavi pomi-formi, quo Indiani sagittas inficiunt. Voyez Surian.

Le pere Plumier, minime, dans son livre des plantes d’Amérique, distingue trois especes de mancenilliers ; mancanilla piri-facie, mancanilla aqui folii foliis, & mancanilla lauri foliis oblongis. M. le Romain.

MANCHE, s. m (Gram.) c’est dans un marteau, par exemple, le morceau de bois que l’on fixe dans l’œil, & qu’on prend à la main pour s’en servir. Ainsi en général un manche ou une poignée que l’on adapte à quelqu’instrument, c’est la même chose. Les limes sont emmanchées, les couteaux, les canifs, presque tous les instrumens de la Chirurgie, les rasoirs, les bistouris, les lancettes, tous les outils tranchans de la menuiserie, &c.

Manche de Couteau, (Conchyliol.) (Plan. XIX. fig 4.) coutelier, solene. Coquillage de mer, auquel on a donné le nom de manche de couteau, par rapport à la grande ressemblance qu’il a avec le manche d’un vrai couteau. Ce coquillage est composé de deux pieces, allongé, ouvert par les deux extrémités, souvent un peu courbe, & quelquefois droit. Les manches de couteau ne restent pas sur le fond de la mer, comme la plûpart des autres coquillages. Ils se font un trou dans le sable, qui a quelquefois jusqu’à deux piés de profondeur ; ils sont posés verticalement dans ce trou, relativement à leur longueur ; de tems en tems ils remontent jusqu’au dessus du sable, & ils redescendent bientôt après au fond de leur trou. Quand la mer se retire, on trouve beaucoup de ces trous dans le sable. On fait monter l’animal jusqu’à la surface, en y jettant un peu de sel. Il y a plusieurs especes de manches de couteau, qui different entr’elles par la longueur & par les couleurs. Voyez Coquillage & Coquille.

Manche de Couteau, (Conchyliol.) Les manches de couteau, appellés en latin solenes, composent une des six familles de coquilles bivalves, leur figure, qui ressemble à un manche de couteau, est toujours la même, & très-aisée à reconnoître. On appelle ce coquillage dans le pays d’Aunis, coutelier. Voyez Coutelier.

Le poisson de ce coquillage s’enfonce jusqu’à deux piés en terre, & revient perpendiculairement à sa surface. Lorsqu’il est entierement dégagé de son trou, & qu’on l’abandonne à lui-même, il s’allonge, recourbe la partie la plus longue de son corps, & creuse promptement un nouveau trou où il se cache. On peut dessiner les manches de couteau sur le rivage, en jettant un peu de sel sur le trou où ils sont placés, ce qui les fait sortir aussitôt.

Il faut avoir grand soin de changer l’eau de la mer tous les jours, & de laisser un peu à sec les animaux, environ pendant vingt-quatre heures, ensuite on les asperge légerement avec les barbes d’une plume. Le poisson, qui a été privé d’eau pendant quelques heures, revient à lui, sort de sa coquille, & s’épanouit peu-à-peu pour chercher l’eau de la mer.

Quand ces animaux sont rebelles à la volonté de