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qualités respectives, dont on ne peut déterminer l’excès ou le défaut, que d’après une mesure constante & invariable. Cette mesure se trouve-t-elle dans le pouls ; y a-t-il un pouls naturel, fixe, & déterminé ? Quand il existeroit, l’observateur peut-il l’avoir toujours présent dans l’esprit ; ne peut-il pas s’en former des idées différentes, suivant que la finesse du tact variera, ou par d’autres circonstances ? Ne voyons-nous pas tous les jours qu’un pouls qui paroît dur à un médecin, est censé mol par un autre, de même qu’un corps n’est jamais trouvé par plusieurs personnes avoir le même degré de chaleur ; d’ailleurs, toutes ces qualités, comme l’a judicieusement observé Bellini, ne varient-elles pas suivant l’âge, le tempérament, le climat, la disposition du corps, &c. Dans l’état de santé, la mollesse & la dureté, la fréquence & la vîtesse, n’ont-elles pas des degrés différens ? La fréquence du pouls, comme l’a observé un auteur célebre, aussi illustré par ses lumieres & ses écrits que par son rang & sa dignité, varie encore beaucoup, suivant la taille ; les personnes grandes ont le pouls plus rare que les petites ; dans les corps de six piés il n’a compté que 60 pulsations dans une minute ; 70 dans ceux de cinq piés ; 90 dans ceux de quatre ; & 100 dans ceux qui n’avoient que deux piés. (Structure du cœur, par M. de Sénac, livre III. chap. vij. part. II. page 214.) On remarque quelque chose d’assez semblable dans les grands horloges, les pendules, & les montres ; le nombre de battemens augmente dans la même proportion que leur petitesse ; d’où l’on peut conclure que les différences des pouls adoptées par les Méchaniciens, ne sont pas à beaucoup près préférables à celles de Galien ; qu’on ne peut en tirer rien d’assuré, parce que leur valeur est le plus souvent arbitraire, & qu’en général elles n’expriment rien de précis & de positif.
2°. Sur les causes. L’étiologie du pouls développée dans le système des Méchaniciens paroit au premier coup-d’œil assez satisfaisante ; elle a reçu encore un nouveau relief plus imposant que son prétendu accord avec les lois de la méchanique par les calculs dont on l’a hérissée, & sous lesquels on n’a fait que l’envelopper ; il sembloit qu’elle dût particsper de la vérité & de la démonstration qu’on croit inséparables des sciences mathématiques, & qui l’est effectivement lorsqu’elles sont bien appliquées. Mais il est facile d’appercevoir par le peu de succès des savans illustres, par les erreurs grossieres dans lesquelles ils sont tombés ; par leur prodigieuse variété sur le même point, voyez les ouvrages de Keill & de Borelli, voyez aussi l’article Cœur, que la géométrie n’est nullement applicable à la physique du corps humain ; nous pourrions joindre ici l’autorité respectable d’un célebre mathématicien, & bien d’autres preuves qui quoique démonstratives seroient ici déplacées, parce qu’elles ne feroient rien au fond de la question ; il s’agit de savoir si en effet la circulation du sang est la cause du battement des arteres ou du pouls. La décision de cette question exigeroit une discussion sévere des preuves de la circulation du sang ; mais il ne nous est pas possible d’entrer dans un détail aussi long, quelque important qu’il pût être, & quoiqu’il dût servir à éelaircir des faits intéressans mal examinés ou connus & nullement constatés. Nous sommes malgré nous obligés de nous restraindre & d’élaguer souvent notre matiere, nous nous contenterons d’observer, peut-être aurons nous quelqu’occasion de le démontrer ailleurs, que l’on se fait une idée très-incomplette & très-fausse de la circulation du sang, si on se la représente comme un simple mouvement progressif, toujours direct, toujours uniforme, par lequel le sang est porté du cœur dans les arteres, de-là dans les veines, d’où il revient de nou-
veau dans le cœur ; pour en trouver soi-même la preuve il faut avoir recours à un moyen sûr & lumineux, c’est l’observation exacte, assidue & réfléchie des phénomenes de l’économie animale dans l’homme sain & malade, & cesser de s’en tenir simplement à des expériences fautives, peu décisives & mal évaluées. Voyez Inflammation, Économie animale, & la suite de cet article.
En second lieu, il est certain qu’il y a un mouvement progressif dans le sang, quel qu’il soit, de quelle maniere qu’il s’exécute, quelles qu’en soient les causes, le méchanisme & les variétés ; mais admettons-le pour un mouvement aussi uniforme que les Méchaniciens, il en résultera, 1°. qu’en le regardant comme la cause du battement des arteres, on prend évidemment la cause pour l’effet ; qu’il est beaucoup plus naturel de croire que le mouvement du sang est dû à l’action des arteres, que d’attribuer cette action au mouvement du sang ; 2°. que dans cette idée on fait des arteres un instrument passif, sans ton, sans force, & sans vie, bien différent en un mot de ce qu’elles sont effectivement, on multiplie prodigieusement les resistances opposées à la circulation, puisqu’alors non-seulement le sang a à surmonter les obstacles qui viennent des frottemens immenses, mais encore une partie de sa force est employée à soulever, à distendre, & à dilater les parois resserrés & contractés des arteres ; 5°. l’expérience de Galien que nous avons rapportée plus haut est absolument contraire à cette opinion, elle prouve incontestablement que les arteres ne se dilatent pas, parce qu’elles reçoivent du sang comme de simples outres, mais qu’elles reçoivent du sang, parce qu’elles se dilatent comme des soufflets qui ont une action propre ou dépendante d’une cause extérieure ; si l’on applique ce système à différens phénomenes, par exemple, à la variété du pouls des deux côtés, aux pulsations vives des parties enflammées où le sang est censé en repos, si surtout on essayoit de le plier aux nouvelles observations sur le pouls dont il sera fait mention plus bas, on en sentiroit de plus en plus les contradictions, l’insuffisance & la nullité ; on ne peut rien trouver de plus ridicule que l’explication qu’on donne de la fréquence du pouls, on peut voir ce que nous en avons dit à l’article Inflammation ; l’étiologie du pouls intermittent & des pouls inégaux ne présente aucune idée, ce ne sont que des mots vuides de sens, & ce langage quoique fort rapproché de notre tems, paroit dejà plus barbare que celui des anciens ; nous sinirons par cette derniere remarque qui nous paroit décisive, c’est que dans les arteres vuides de sang on peut rappeller le double mouvement de dilatation & de contraction en irritant les parois, sur-tout intérieurs de l’artere, qui donnent par-là une grande preuve d’irritabilité.
3°. Sur les présages. Il n’est pas étonnant qu’avec des différences aussi vagues & une théorie aussi fausse les Méchaniciens tirent aussi peu de lumieres du pouls dans le diagnostic & le prognostic des maladies, & c’est la raison pourquoi les effets répondent si peu aux éloges magnifiques mais aveugles qu’ils font de l’importance de ce signe. Ils ont raison de regarder le pouls grand & fort comme un très-bon signe dans les maladies aiguës, mais ils ont tort de tirer un mauvais présage du pouls fréquent, vîte ; ce pouls est souvent très-nécessaire & aussi utile que la fievre dont ils le regardent comme le siége ; ils ont tort aussi de se fonder sur la fréquence du pouls pour assurer qu’il y a fievre, parce qu’ils ont donné le nom de fievre à bien des maladies où le pouls n’est pas fréquent, telles sont la plûpart des fievres malignes ; mais ils n’ont pas une idée plus nette & plus conforme à la vérité de la flevre, mot si souvent répété & jamais expliqué, que du pouls. Il se trompent davan-