Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 13.djvu/684
QUARTIER ou QUART, s. m. (Gramm.) est la quatrieme partie d’un tout. Voyez Quart.
Quartier de l’année est l’espace de trois mois. En ce sens il est mieux de dire trimestre.
Quartier se dit aussi du quart d’un payement annuel : ainsi on dit un quartier de pension, un quartier de rente ou simplement un quartier.
Quartier, en terme d’Astronomie, se dit du changement qu’éprouve la lune au bout de sept à huit jours. On appelle aussi ce changement quadrature. Voyez Lune & Quadrature.
A proprement parler, le premier quartier commence à la nouvelle lune, & finit lorsqu’elle entre en quadrature, c’est-à-dire lorsqu’elle est éloignée du soleil de la valeur d’un quart de cercle, ou de trois signes du zodiaque ; & qu’elle est, par exemple, dans le bélier, le soleil étant dans le capricorne ; en ce cas on ne voit que la moitié précisément de sa face éclairée.
Le second quartier se compte depuis le moment qu’elle est entrée en quadrature jusqu’à la pleine lune, &c. Voyez Quadrature. (O)
Quartier anglois, instrument fort en usage sur mer ; ainsi appellé, parce qu’il a été inventé par un capitaine anglois, nommé Davis.
Cet instrument sert à prendre la hauteur du soleil, il consiste en deux arcs FG, ED, le premier de 30 degrés, & l’autre de 60, & en trois marteaux A, B, C, voyez Planche de Navigation, fig. 6. Les deux arcs sont gradués de la maniere suivante : sur l’arc ED le point de O est en D, & on compte de ce point jusqu’à la ligne AG où sont marqués les 60 degrés ; sur l’arc FG, on compte en sens contraire le point de O étant en F, & les 30 degrés étant marqués sur la même ligne AG. Le marteau A, par lequel on observe l’horison, est sendu dans sa longueur d’une pinnule fort étroite de 6 ou 7 lignes de long. Le marteau C n’a qu’un petit trou pour y appliquer l’œil ; le troisieme B n’est point percé : ces trois marteaux doivent être perpendiculaires au plan de l’instrument, & les deux B & C avoir des entailles pour entrer sur les arcs FG, ED, qui sont d’égale épaisseur par-tout, afin que les marteaux soient fermes dans quelque endroit qu’on les mette. Le marteau A, au lieu d’une entaille, a un trou quarte pour entrer sur la tringle GA jusqu’au centre A.
Pour faire usage de cet instrument, on met le marteau B sur l’arc 60 à un degré pair de latitude, moindre de 10 ou de 15 degrés que le complément de la hauteur qu’on juge que doit avoir le soleil : ensuite on met le marteau A au centre A, & le marteau C sur l’arc FG ; alors tournant le dos au soleil, on éleve l’instrument & on regarde à-travers la pinnule de vue, C élevant ou abaissant l’instrument jusqu’à ce que l’ombre du tranchant supérieur du marteau d’ombre B tombe sur le tranchant supérieur de la fente qui est au marteau A ; que si regardant toujours par la pinnule C, on voit l’horison à-travers cette fente, l’observation est bien faite ; que si au contraire on voit la mer ou le ciel, il faut baisser le marteau C vers F, ou le hausser vers G jusqu’à ce qu’enfin le rayon visuei qui va de la pinnule C à la fente du marteau A soit tangent à l’horison. Ensuite on observe sur l’arc de 30 degrés combien il y a de degrés & de minutes depuis le point de O jusqu’à l’endroit marqué par la perpendiculaire abaissée sur cet arc du centre du trou de la pinnule de vue, & on ajoute à ces degrés ceux qui sont de même contenus sur l’arc de 60 degrés, depuis l’O jusqu’au point marqué par le tranchant supérieur du marteau B. Si on avoit fait l’observation par le tranchant inférieur du marteau d’ombre, il faudroit compter depuis l’O jusqu’au point marqué par ce tranchant, la somme de ces degrés sera la distance du soleil au zenith ou le complément de sa hauteur sur l’horison. Si on veut
trouver la hauteur méridienne, ou la plus grande hauteur du soleil, on continue l’observation tant que cette hauteur paroît augmenter, ce qu’on connoît facilement par la nécessité où l’on est de baisser la pinnule de vue pour voir la mer ; car au même instant que le soleil a passé par le méridien, on est obligé au contraire de la hausser, ce qui marque qu’alors l’angle qu’il fait avec l’horison est diminué, & par conséquent qu’il est au-delà du méridien. On s’arrêtera donc à la derniere des observations qui a précédé l’instant où sa hauteur a paru diminuer, & ajoutant les degrés & les minutes observés sur les deux arcs, comme nous l’avons dit plus haut, on aura le complément de la hauteur méridienne du soleil.
Comme cette maniere d’observer ne donne que la distance du limbe supérieur ou inférieur du soleil au zénith, & non la distance de son centre, il faut, quand on observe par le tranchant supérieur du marteau B, ajouter à l’angle trouvé par l’observation 16 minutes pour le demi-diametre du soleil, ce qui donnera la vraie distance du centre du soleil au zenith. Et quand au contraire on observe par la partie inférieure du marteau B, il faut retrancher ces 16 minutes pour avoir la hauteur du soleil ; mais si on considere que la hauteur de l’observateur au dessus de la surface de la mer est communément de 16 à 20 piés ; on verra qu’au lieu de retrancher 16 minutes, il faudra dans ce dernier cas en retrancher 20, & au contraire dans le premier n’en ajouter que 12, on en trouvera la raison à la fin de l’article.
On a fait en différens tems des changemens & des corrections à cet instrument : quelques-uns, par exemple, ont placé un petit miroir sur le marteau A, pour que l’ombre se vit avec plus de netteté ; d’autres ont percé le marteau B & y ont placé une lentille, afin que le soleil formant un petit point lumineux sur ce même marteau A, on puisse observer avec plus de précision, sur-tout lorsque le soleil est couvert de quelques nuages, ou qu’il y a de la brume ; car en observant en pareil tems, à la maniere ordinaire, l’ombre du marteau B sur le marteau A devient très-mal terminée, ce qui diminue beaucoup de la justesse de l’observation. Mais, sans parler des inconvéniens auxquels ces changemens pourroient être sujets, je dirai seulement qu’il est inutile de s’attacher à perfectionner un instrument qui ne pourra jamais être bien parfait, tandis qu’on en a un si excellent, je veux dire l’instrument de M. Hadley. Voyez instrument de M. Hadley. Au reste, comme le quartier anglois est le meilleur de ceux dont on se servoit avant l’invention de ce dernier, on peut encore en faire usage dans bien des cas où une grande précision n’est pas absolument nécessaire.
Il est comme inutile de dire que cet instrument peut servir aussi pour prendre la distance entre deux astres, comme la lune & une étoile, ou entre deux étoiles, &c.
On a dit plus haut que l’observateur étant élevé au-dessus de la surface de la mer de 15 ou 20 piés, il falloit retrancher 4 ou 5 minutes de la distance du soleil au zénith, ou au contraire en ajouter autant à son élévation sur l’horison : ceci paroîtra clair, si l’on fait attention à la maniere dont on observe la hauteur du soleil avec cet instrument. On a vu que l’observateur ayant le dos tourné au soleil, il vise à-travers des deux pinnules à l’horison, & qu’ensuite il prend l’angle que fait au centre de l’instrument le rayon du soleil avec ce rayon visuel ; mais cet angle n’est pas le véritable angle de sa hauteur, puisque le rayon visuel tangent à l’horison ne l’est pas dans le lieu où se fait l’observation, & qu’il n’est tangent qu’à une certaine distance : or, comme l’observateur se trouve entre ce point & le soleil pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que cet angle sera plus petit que l’angle réel de la hauteur du soleil sur l’horison ;