Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 17.djvu/369

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Et la fausse délicatesse, Dont aujourd’hui notre moliesse. Se fait une félicité. L’intérét ni la vaine gloire Ne dérangeoient pas leur repos ; Ils aimoient plus dans leurs héros, Une vertu qu’une victoire. Ils ne connoissoient d’autre rang, Que celui que la vertu donne ; Le mérite de la personne Passeit devant les droits du sang.

Heureux habitans de ces plaines, Qui vous bornez dans vos desirs, Si vous ignorez nos plaisirs, Vous me connoissez pas nos peines ; Vous goutez un bonheur si doux, Qu’il rappelle le tems d’Astrée ; Enchanté de cette contrée, J’y reviendrai vivre avec vous.


Personne n’a mieux rendu que M. de la Fare, le naturel, la tendresse, la délicatesse, & l’élégante simplicité de Tibulle, témoin sa traduction de la premiere élégie du poëte latin : ceux qui la connoissent comme ceux qui ne la connoissent pas, me sauront gré de la leur transcrire.


Que quelqu’autre aux dépens de sa tranquillité Amasse une immense richesse ; Pour moi de mes desirs la médiocrité Me livre entier à la paresse. Je suis content, pourvû que ma vigne & mes champs, Ne trompent point mon espérance, Et que dans mon grenier & ma cave en tout tems, Je retrouve un peu d’abondance. Je ne dédaigne point, pressant de l’aiguillon Du bœuf tardif la marche lante, De tracer quelque fois un fertile sillon ; Quelquefois j’arrose une plante. Si le soir par hasard je trouve en mon chemin Un agneau laissé par sa mere, L’appellant doucement je l’emporte en mon sein, Et je le rends à sa bergere. Je lave & purifie avec soin mes trcupeaux, Pour me rendre Palès propice ; Et lorsque la saison produit des fruits nouveaux, J’en fais à Pan un sacrifice. Je révere ces dieux & celui des confins, Et Cérès d’épics courennée, Et chez moi, du puissant pre tecteur des jardins, La tête de fleurs est ornée. Et vous aussi, jadis d’un plus ample foyer, O divinités tutélaires, Recevez de vos soins un plus foible loyer, Et des offrandes plus légeres. J’offrois une génisse, a-présent un agneau Convient à mon œu de richesse ; Autour de lui se rend de mon petit hameau Toute la rustique jeunesse ; Qui crie à haute voix : &oacute ; dieux ! assistez-nous, Acceptez les présens peu dignes Qu’humblement nous venons offrir à vos genoux ; Bénissez nos champs & nos vignes. La premtere liqueur qu’on versa pour les dieux Fut mise en des vases d’argille ; Nos vases, comme au tems de nos premiers ayeux, Ne sont que de terre fragile. O vous, loups ravisseurs, épargnez nos moutons, Allez chercher dans nos prairies, Pour y rassasier vos appétits gloutons, De plus nombreuses bergeries. Je suis pauvre & veux l’être, & ne souhaite pas Des grands l’importune abondance ;


Pen de chose suffit ù mes meilleurs repas, En mon lit est mon espérance. O qu’il est doux, pendant une orageuse nuit, D’embrasser un objet aimable ! Et de se rendormir dans ses bras, au doux bruit Que fait une pluie agrlable ! Qu’un tel bonheur m’arrive ; & soit riche à bon droit Celui qui bravant la furie De la mer & des vents, abandonne son teît ; Pour moi j’irai dans ma prairie, Eviter, si je puis, la chaleur des étés, A l’abri d’un boccage sombre, Et sous un chêne assis à l’ombre, Voir couler en rêvant les ruisseaux argentés. Ah ! périssent plutôt l’or & les diamans, Que je cause la moindre allarme A ma douce maîtresse, & qu’à ses yeux charmans Mon absence coûte une larme ! C’est à toi, Messala, d’aller de mers en mers Signaler ton nom par les armes ; Je suis avec plaisir arrêté dans les fers D’une beauté pleine de charmes. Pour la gloire mon cœur ne peut formet des vœux ; Oui, je consens, chere Délie, D’être estimé de tous, foible & peu généreux, Pour t’avoir consacré ma vie. Qu’avec toi le désert le plus inhabité A nes yeux paro&iacute ;troit aimable ! Qu’en tes bras, sur la mousse, en un mont écartl Mon sommeil seroit agréable ! Sans le dieu des amours, sans ses douces faveurs, Que le lit le plus magnifique Est souvent arrosé d’un déluge de pleurs ! Car ni la broderie antique, Ni l’or, ni le duvet, ni le doux bruit des caux ; Ni le silence & la retraite, N’ont assez de douceur pour assoupir les maux Qui troublent une ame inquiete. Celui-là porteroit, Délie, un cœur de fer, Qui pouvant jouir de ta vûe, S’en iroit, assuré de vaincre & triompher, Chercher une terre inconnue. Que je vive avec toi, que j’expire à tes yeux, Et puisse ma main défaillante, Serrer encore la tienne en mes derniers adieux ! Puisse encor ma bouche mourante Recevoir tes baisers mêlés avec tes pleurs ! Car tu n’es point assez cruelle, Pour ne pas honorer par de vives douleurs, La mort de ton amant fidele. Il n’est jeune beauté qui regardant ton deuil Ne sente émouvoir ses entrailles, Qui n’én soit attendrie, & n’ait la larme à l’œil, Au retour de mes funérailles. Epargne toutefois l’or de tes blonds cheveux, C’est faire à mes manes outrage Qu’attenter à ton sein l’objet de tous mes vœux, Ou meurtrir un si beau visage. En attendant, cueillons le fruit de nos amours, Le tems qui fuit nous y convie ; La mort tro< ?> tôt, hélas ! mettra fin pour toujours Aux douceurs d’une telle vie. La vieillesse s’avance, & nos ardens desirs S’évanouiront à sa vûe, Car il seroit honteux de pousser des soupirs Avec une tête chenue. C’est maintenant qu’il faut profiter des momens Que Vénus propice nous donne, Pendant qu’à nos plaisirs & nos amusemens La jeunesse nous abandonne. J’y veux être ton maître, & disciple à mon tour. Loin de moi tambours & trompettes, Allez porter ailleurs qu’en cet heureux séjour Le bruit éclatant que vous faites.


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