Page:Diderot - Encyclopedie 1ere edition tome 6.djvu/56

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dessus naturel, il s’ensuivoit que celui-ci paroissoit lui être inférieur, & devenoit en effet moins utile. Les compositeurs resserrés dans les bornes de dix tons & demi, prescrites par la nature, se trouvoient bien plus à leur aise avec des voix factices, qui leur donnoient la liberté de se joüer d’une plus grande quantite d’intervalles, & qui rendoient par consequent leurs compositions beaucoup plus extraordinaires & infiniment moins difficiles. Les voix de femme. si bien saites pour porter l’emotion jusqu’au fond de nos cœurs, n’étoient plus dans leur état naturel qu’un obstacle aux écarts des musiciens ; & ils les auroient abandonnées à perpétuité pour se servir des castrati (qu’on a d’ailleurs employés de tous les tems en femmes sur les théatres d’ltalie), si elles n’avoient eu l’adresse & le courage de gâter leurs voix pour s’accommoder aux circonstances.

Ainsi à torce d’art, de travail & de constance, elles ont calqué sur leurs voix plusieurs tons hauts & bas au-deslus & au-dessous du diapason naturel. L’art est tel dans les grands talens, qu’il enchante les ltaliens habitues à ces sortes d’écarts, & qu’il surprend & slate même les bonnes oreilles françoises. Avec cet artifice les temmes se sont soûtenues au théatre, dont elles auroient été bannies, & elles y disputent de talent & de succès avec ces especes bisarres que l’inhumanité leur a donné pour rivales. Voyez Chanteur, Chantre.

A la suite de ces détails, qu’il soit permis de faire deux réflexions. La premiere est suggérée par les principes de l’art. Il n’est & ne doit être qu’une agréable imitation de la nature ; ainsi le chant réduit en regles, soûmis à des lois, ne peut être qu’un embellissement du son de la voix humaine ; & ce son de la voix n’est & ne doit être que l’expression du sentiment, de la passion, du mouvement de l’ame, que l’art a mtention d’imiter : or il n’est point de situation de l’ame que l’organe, tel que la nature l’a donné, ne puisse rendre.

Puisque le son de la voix (ainsi qu’on l’a dit plus haut, & qu’on le prouve à l’article Chant) est le premier langage de l’homme, les différeas tons qui composent l’étendue naturelle de sa voix, sont donc relatifs aux differentes expressions qu’il peut avoir à rendre, & suffisans pour les rendre toutes. Les tons divers que l’art ajoûte à ces premiers tons donnés, sont donc, 1° superflus ; 2° il faut encore qu’ils soient tout-à-fait sans expression, puisqu’ils sont inconnus, étrangers, inutiles à la nature. Ils ne sont donc qu’un abus de l’art, & tels que le seroient dans la Peinture, des couleurs factices, que les diverses modifications de la lumiere naturelle ne sauroient jamais produire.

La seconde réflexion est un crï de douleur & de pitie sur les égaremens & les préjugés qui subjuguent quelquefois des nations entieres, & qui blessent leur sensibilité au point de leur laisser voir de sang-froid les usages les plus barbares. L’humanité, la raison, la religion, sont également outragées par les voix factices, qu’on fait payer si cher aux malheureux à qui on les donne. C’est sur les noirs autels de l’avarice que des peres cruels immolent eux-mêmes leurs fils, leur postérité, & peut-être des citoyens qu’on auroit vû quelque jour la gloire & l’appui de leur patrie.

Qu’on ne croye pas, au reste, qu’une aussi odieuse cruauté produise infailliblement le fruit qu’on en espere ; de deux mille victimes sacrifiées au luxe & aux bisarreries de l’art, à peine trouve-t-on trois sujets qui réunissent le talent & l’organe : tous les autres, créatures oisives & languissantes, ne sont plus que le rebut des deux sexes ; des membres paralytiques de la société ; un fardeau inutile & flétrissant de la terre qui les a produits, qui les nourrit, & qui les


porte. Voyez Egalité, Son, Voix, . (B)

* ETENTES, ETATES, PALIS, CIBAUDIERE, termes synonymes de Péche ; sorte de rets ou filets. Los rets de hauts-pares, dans le ressort de l’amirauté du bourg d’Ault, qui sont les étentes étates ou palis pour la pêehe du poisson passager, sont conformes au calibre prescrit par l’ordonnance de 1681. Les pieces qui ont vingt, trente, quarante, cinquante brasses, ont une brasse ou une brasse & demie de chûte ; ces filets sont pour lors montés sur une haute perche, bout-à-terre, bout-à-la-mer. On les tend encore en demi-cercle.

Les pêcheurs qui sont voisins de l’embouchure de la riviere de Brest, où les truites & les saumons entrent volontiers, en font aussi la pêche avec ces silets : ils sont pour lors tendus de la même maniere que les rets traversiers de la côte de basse-Normandie. Les pêcheurs plantent leurs petites perches ou piochons en droite ligne, bout-à-terre, bout-à-la-mer, ainsi que dans les hauts-parcs ; mais ils forment à l’extremité un rond où ces poissons s’arrêtent. Cette sorte de pêcherie peut alors être regardée comme une espece de parc de perches & de filets, n’y ayant aucunes claies ni pierres par le pié pour le garnir.

ETERNALS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques des premiers siecles. Ils croyoient qu’après la résurrection le monde dureroit éternellement tel qu’il est, & que ce grand évenement n’apporteroit aucun changement dans les choses naturelles.

ETERNELLE, s. f. (Hist. nat. Botan.) clichrysum. Cette plante est ainsi nommée, parce que sa fleur, quoique coupée de dessus le pié, se conserve sans changer de couleur. C’est un petit bouton jaunepâle ou rougeatre, dont la tige & les feuilles sont d’un verd-blanchâtre ; elle vient de graine ou de bouture, & ne demande qu’une culture ordinaire. (K)

ETERNITE, (Métaphys.) durée infinie & incommensurable.

On envisage l’éternité ou la durée infinie, comme une ligne qui n’a ni commencement ni fin. Dans les spéculations sur l’espace infini, nous regardons le lieu où nous existons, comme un centre à l’égard de toute l’étendue qui nous environne ; dans les spéculations sur l’éternité, nous regardons le tems qui nous est présent, comme le milieu qui divise toute la ligne en deux parties égales : de-là vient que divers auteurs spirituels comparent le tems présent à une isthme qui s’eleve au milieu d’un vaste océan qui n’a point de bornes, & qui l’enveloppe de deux côtés.

La philosophie scholastique partage l’éternité en deux, celle qui est passée, & celle qui est à venir ; mais tous les termes scientifiques de l’école n’apprennent rien sur cette matiere. La nature de l’éternité est inconcevable à l’esprit humain : la raison nous démontre que l’éternité passée a été, mais elle ne sauroit s’en former aucune idéequi ne soit remplie de contradictions. Il nous est impossible d’avoir aucune autre notion d’une durée qui a passé, si ce n’est qu’elle a été toute prélente une fois ; mais tout ce qui a été une fois présent, cst à une certaine distance de nous ; & tout ce qui est à une certaine distance de nous, quelqu’éloigné qu’il soit, ne peut jamais être l’éternité.

La notion même d’une durée qui a passé, emporte qu’elle a été présente une sois, pussque l’idee de celle-ci renferme actuellement l’idée de l’autre. C’est donc là un mystere impénétrable à l’esprit numain. Nous sommes assûrés qu’il y a eu une éternite ; mais nous nous contredisons nous-mêmes, dès que nous voulons nous en former quelque idée.

Nos difficultés tur ce point, viennent de ce que nous ne saurions avoir d’autres idées d’aucune sorte de durée, que celle par laquelle nous existons nous -

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