Page:Diderot - Le Neveu de Rameau.djvu/9

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c… C’est que l’humeur qui fait sécher mon cher maître engraisse apparemment son cher… élève.

MOI. — À propos de ce cher maître, le voyez-vous quelque fois ?

LUI. — Oui, passer dans la rue.

MOI. — Est-ce qu’il ne vous fait aucun bien ?

LUI. — S’il en fait à quelqu’un, c’est sans s’en douter. C’est un philosophe dans son espèce ; il ne pense qu’à lui, le reste de l’univers lui est comme d’un clou à un soufflet. Sa fille et sa femme n’ont qu’à mourir quand elles voudront ; pourvu que les cloches de la paroisse qui sonneront pour elles continuent de résonner la douzième et la dix-septième, tout sera bien. Cela est heureux pour lui, et c’est ce que je prise particulièrement dans les gens de génie. Ils ne sont bons qu’à une chose ; passé cela, rien ; ils ne savent ce que c’est que d’être citoyens, pères, mères, parents, amis. Entre nous, il faut leur ressembler de tout point, mais ne pas désirer que la graine en soit commune. Il faut des hommes ; mais pour des hommes de génie, point ; non ma foi, il n’en faut point. Ce sont eux qui changent la face du globe ; et dans les plus petites choses la sottise est si commune et si puissante, qu’on

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