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DE LA PAU PERPÉTUELLE 34$

« Pliez trop un roseau, il se casse; qui veut trop ne veut rien. » Bouterwek. II. L'idée du droit des gens suppose la séparation de plu­sieurs États voisins et indépendante les uns des autres; et, quoiqu'une telle situation soit déjà par elle-même un état de guerre (si une union fédérative ne prévient pas les hostilités) elle est cependant préférable, aux yeux de la raison, à la fu­sion de tous ces États entre les mains d'une puissance qui en­vahit toutes les autres et se transforme en monarchie univer­selle. En effet, les lois perdent toujours en vigueur ce que le gouvernement gagne en étendue; et un despotisme sans âme, après avoir étouffé les germes du bien, finit toujours par con­duire à l'anarchie. Cependant il n'y a pas d'État (ou de souve­rain) qui ne désire s'assurer une paix durable, en dominant le monde entier, s'il était possible. Mais la nature veut d'autres moyens. — Elle en emploie deux, pour empêcher les peuples de se confondre et pour les tenir séparés, la diversité des lan­gues et celle des religions (*). Cette diversité contient, il est vrai, le germe de haines réciproques et fournit un prétexte à la guerre ; mais, par suite des progrès de la civilisation et à me­sure que les hommes se rapprochent davantage dans leurs principes, elle conduit à s'entendre au sein d'une paix, qui n'est pas produite et garantie, comme celle du despotisme dont nous venons de parler (celle-là repose sur le tombeau de la liberté), par l'affaiblissement de toutes les forces, mais au contraire par leur équilibre au milieu de la plus vive oppo­sition. 3. Si la nature sépare sagement les peuples que chaque État voudrait agglomérer, soit par ruse, soit par force, et cela d'après les principes mêmes du droit des gens, en re­vanche elle se sert de l'intérêt réciproque des différents peu-

(1) Diversité des religions, expression singulière ! C'est comme si Ton parlait de morales diverses. 11 pent bien y avoir diverses espèces de foi, non pas au point de vue de la religion, mais relativement à l'histoire des moyens qui ont servi à la propager et qui sont du ressort de l'érudition, et de même différents livres de religion (le Zendavesta, les Védas, le Co­ran , etc. ) ; mais il n'y a qu'une seule religion vraie pour tous les hommes et dans tous les temps. Ce ne sont donc là que les véhicules de la religion , c'est-*-4ire quelque chose de contingent et qui peut être très-différent suivant la différence des tempe et des lieux.