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LES FRERES KARAMAZOV. 99

terre, ah ! beaucoup ! Ne crois pas que je sois seulement l'homme de plaisirs futile que tout officier se croit obligé d'être. Je ne pense presque, mon frère, qu'à cette humilia- tion de la condition humaine. . . Je ne mens pas, et l'humilié par excellence, c'est moi-même 1

��Pour que de son humiliation, par la force de son âme,

L'homme puisse se relever, Il faut qu'avec l'antique mère, la Terre, Il fasse un éternel traité d'alliance.

��Mais comment ferai-je ce traité d'alliance avec la terre? Faut-il que je me fasse moujik ou berger? Dans mes heures de plus abjecte dégradation, j'ai toujours aimé à relire ces vers où Cérès contemple l'humiliation de notre espèce. Mais jamais ils ne purent me relever de ma propre humiliation, parce que je suis un Karamazov... N'est-ce pas toujours la tête en bas qu'on se précipite ? Et en cela même, je perçois une beauté. 3Iaudit, bas, avili, soit! Et diable incarné peut-être! Pourtant, Seigneur, je n'en suis pas moins ton fils, et je t'aime!... Mais assez ! Je pleure... Laisse-moi pleurer. Vois-tu, nous sommes tous des sensuels, nous autres Karamazov. La bête sommeille en toi-même, frère, tout ange que tu sois. Terrible mystère! Dieu n'a fait que des mystères... Les contradictions se multiplient dans son œuvre. Je ne suis qu'un ignorant; pourtant, je sais cela, j'y ai beaucoup pensé... La beauté, par exemple ! Souvent un homme de grand cœur et de grande intelligence a la Madone pour premier idéal, et pour der- nier Sodome. Mais le plus aiïreux, c'est d'avoir commencé par Sodome, en portant dans son cœur l'idéale Madone.

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