Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 1.djvu/16

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quelque faveur devant les yeux de ta bonté, semblable à celle des Dieux immortels, qui n’ont moins agréables les pauvres présens d’un bien riche vouloir que les superbes et ambitieuses offrandes.

C’est, en effect, la Défense et Illustration de nostre langue françoise, à l’entreprise de laquelle rien ne m’a induit que l’affection naturelle envers ma patrie, et à te la dedier, que la grandeur de ton nom : à fin qu’elle se cache (comme sous le bouclier d’Ajax) contre les traicts envenimez de ceste antique ennemie de vertu, sous l’ombre de tes ailes. De toy, di-je, dont l’incomparable sçavoir, vertu et conduite, toutes les plus grandes choses, de si long temps de tout le monde sont expérimentées, que je ne les sçauroy’ plus au vif exprimer, que les couvrant (suivant la ruse de ce noble peintre Timante) sous le voile de silence. Pource que d’une si grande chose il vaut trop mieux (comme de Carthage disoit T. Live) se taire du tout que d’en dire peu. Reçoy donc avec ceste accoustumée bonté, qui ne te rend moins aimable entre les plus petits, que la vertu et auctorité venerable entre les plus grands, les premiers fruicts, ou, pour mieux dire, les premières fleurs du printemps de celuy qui en toute reverence et humilité baise les mains de ta R.S. Priant le ciel te departir autant d'heureus et longue vie, et à tes hautes entreprises estre autant favorable, comme envers toy il a esté liberal, voire prodigue de ses graces. Adieu, de Paris, ce 15 de fevrier, 1549.