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LA


DÉFENSE ET ILLUSTRATION


DE LA LANGUE FRANÇOISE




LIVRE PREMIER




CHAPITRE PREMIER


DE L’ORIGINE DES LANGUES


SI la nature (dont quelque personnage de grande renommée non sans raison a douté, si on la devoit appeler mere ou marastre) eust donné aux hommes un commun vouloir et consentement, outre les innumerables commoditez qui en fussent procedées, l’inconstance humaine n’eust eu besoin de se forger tant de manières de parler. Laquelle diversité et confusion se peut à bon droit appeler la tour de Babel. Doncques les langues ne sont nées d’elles mesmes en façon d’herbes, racines et arbres, les unes infirmes et débiles en leurs especes, les autres saines et robustes, et plus aptes à porter le fais des conceptions humaines : mais toute leur vertu est née au monde du vou-