Page:Du Sommerard - Catalogue et description des objets d’art de l’antiquité, du moyen âge et de la Renaissance exposés au musée.djvu/15

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
V
ET L’HÔTEL DE CLUNY

repris que cinq ans après, en 1490, par Jacques d’Amboise, abbé de Cluny, depuis évêque de Clermont et le septième des neuf fils de Pierre d’Amboise, seigneur de Chaumont. Cet abbé consacra, dit Pierre de Saint-Julien, « cinquante mille angelots d’or provenant des dépouilles du prieur de Leuve, en Angleterre, à la réparation du collège de Cluny, situé entre les Jacobins et la place Saint-Michel à Paris et à l’édification de fond en cime de la magnifique maison de Cluny, assise entre la rue de la Harpe et la rue Saint-Jacques près les Mathurins au lieu jadis appelé le Palais des Thermes. »

Depuis l’époque de sa fondation jusqu’à la fin du siècle dernier, l’Hôtel de Cluny, mis continuellement à la disposition des rois de France et habité pendant trois siècles par les hôtes les plus illustres, ne cessa jamais d’appartenir à l’ordre de Cluny, ainsi qu’en font foi les chartes et titres de cette abbaye[1], dont le siège était en Mâconnais, et qui tenait également en sa dépendance le collège de Cluny, situé près la place de la Sorbonne[2].

Dès les premiers jours de l’année 1515, peu de temps après l’achèvement des travaux, la veuve du roi Louis XII, Marie d’Angleterre, sœur de Henri VIII, fit choix de l’Hôtel de Cluny pour sa résidence, et vint y passer la durée de son deuil, sur l’invitation du roi François Ier.

« Le dict sieur roy donna ordre, dit Jean Barillon, secrétaire du cardinal Duprat, que la royne Marie, veufve du roi Louis décédé, fust honorablement entretenue ; laquelle royne se

  1. Le plus récent de ces titres date du 25 juillet 1780 ; ce sont des lettres patentes signées de Louis XVI, qui reconnaissent le cardinal de Larochefoucauld, archevêque de Rouen, abbé de Cluny, comme possédant en cette dernière qualité une maison appelée l’Hôtel de Cluny, sise à Paris, rue des Mathurins-Saint-Jacques, et qui l’autorisent, « vu que les abbés de Cluny ne font pas dans ladite ville un séjour assez long pour veiller eux-mêmes aux réparations de cette maison », à céder ledit Hôtel à titre de bail emphytéotique, moyennant une redevance annuelle de quatre mille cinq cents livres et autres conditions portées à l’acte.
  2. L’ordre de Cluny remontait au commencement du xe siècle ; il dut sa fondation à Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, qui, en 910, fit bâtir aux environs de Mâcon l’abbaye de Cluny. Louis IV, d’Outre-Mer, confirma cette fondation en l’an 939, et sept ans après, le pape Agapet II déclara l’abbaye de Cluny et tous les monastères de sa dépendance relevant immédiatement du Saint-Siège (an 946).