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XIX
ET L’HÔTEL DE CLUNY

Le classement adopté pour l’installation des collections était tout indiqué par l’époque à laquelle appartiennent les deux édifices qui en forment le cadre. Sous les voûtes du vieux Palais Romain de Paris sont disposés tous les monuments en pierre et en marbre de l’antiquité, de l’ère gallo-romaine et des siècles suivants. C’est là, quoi qu’on fasse ailleurs, le véritable musée parisien : les autels romains élevés à Jupiter par les mariniers de Paris sous le règne de Tibère, les colonnes en marbre grec du temple sur les ruines duquel a été construite l’Église Notre-Dame de Paris, les statues du grand portail, les chapiteaux, bas-reliefs, sculptures et fragments de toute nature provenant de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Jean-de-Latran, de Saint-Benoît, de la collégiale de Cluny et de tous les anciens édifices de Paris se trouvent rassemblés dans le Palais Romain avec les nombreux monuments de l’ère gauloise qui ont été rapportés par M. E. du Sommerard des divers points de la France.

Dans les galeries de l’Hôtel de Cluny, d’un autre côté, sont les monuments du moyen âge et de la renaissance, les sculp-

que, dédaignant des offres de beaucoup supérieures faites par l’étranger, Mme du Sommerard vendit à la France la collection précieuse formée par son mari, ce fut à certaines conditions, qui, si elles n’ont pas été expressément stipulées dans le contrat de vente, n’en avaient pas moins été acceptées par les deux intermédiaires qui traitaient alors au nom du gouvernement et dont les noms sort restés chers aux amis des arts, M. le comte Duchatel et M. Vitet. Outre les stipulations personnelles, telles que celle qui assurait à M. du Sommerard fils, sa vie durant, la direction du Musée, il fut convenu alors que le Musée devait rester sous le contrôle et la surveillance de la Commission des monuments historiques. L’exécution de cet engagement a produit, on peut le dire, les meilleurs résultats. C’est par les travaux, par les missions, par les fouilles dont sont chargés les inspecteurs des monuments historiques, c’est sur les fonds dont ils disposent, que s’alimente le Musée de Cluny. C’est ainsi qu’il a pu acquérir les couronnes des rois goths, c’est ainsi que récemment il a pu sauver des objets d’art précieux déjà vendus, comme la porte de l’église Saint-Just de Narbonne, ou acquérir des objets prêts à l’être, comme les fonds baptismaux de Betton, les vitraux de la chapelle Saint-Gilles, la porte du chœur de l’ancienne église de Guerande. C’est ainsi qu’il a pu, l’an dernier, ramener de Rhodes les tombes des grands— maîtres de Saint-Jean de Jérusalem et 600 pièces de faïence persanes fabriquées sous leur direction. On peut dire de Cluny que c’est le musée des monuments historiques, et aucun motif sérieux ne saurait être allégué pour le soustraire à l’intelligent patronage sous lequel il a grandi. »

Lambert de Sainte-Croix
Rapporteur.