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XXII
RAPPORT

Un chiffre seul suffira pour établir l’importance prise par les collections de l’Hôtel de Cluny pendant ces dernières années : au mois de décembre 1832, l’inventaire du Musée comprenait deux mille cent cinquante-cinq numéros ; il atteint aujourd’hui le chiffre de dix mille huit cents, et il faut ajouter que ce chiffre est bien loin de représenter le nombre exact des objets d’art existant au Musée, car des séries tout entières d’origine ou de provenance analogues ont dû se trouver fréquemment inscrites sous un même numéro d’ordre.

En présence d’un pareil accroissement de richesses qui touche à toutes les parties des collections et qui embrasse les produits de chacun des arts en honneur au moyen âge et au xvie siècle, il serait difficile de donner ici un aperçu exact des principales acquisitions faites pendant les dernières années autrement que par une longue et fastidieuse énumération ; nous nous bornerons en conséquence à signaler les quelques monuments qui, par leur importance hors ligne, leur valeur extraordinaire au point de vue de l’histoire et de l’archéologie, tiennent un rang si considérable qu’ils ne sauraient être passés sous silence.

En première ligne se placent naturellement les couronnes d’or des rois goths, magnifique ensemble du viie siècle découvert à La Fuente de Guarrazar près de Tolède, en 1858, acquis pour l’Hôtel de Cluny peu d’heures après son arrivée à Paris et dont la possession suffirait à illustrer une collection publique de premier ordre. Les couronnes du roi Reccesvinthus mort en 672, celles de Sonnica, précieux ouvrages d’or, de saphirs, de perles et de pierres fines, retrouvés intacts au nombre de neuf, avec leurs croix, leurs chaînes, leurs légendes et tous leurs attributs, constituent un véritable trésor, de nature à faire envie aux collections étrangères les plus richement partagées. La place des couronnes de Guarrazar était toute indiquée du reste dans les collections de l’Hôtel de Cluny auprès de l’autel d’or de Bâle acquis quatre ans plus tôt ; splendide monument d’orfèvrerie exécuté par ordre de l’empereur Henry II d’Allemagne au commencement du xie siècle et couvert de grandes figures en haut relief d’or.

Puis, ce sont, toujours dans la série des objets en métal précieux, la belle rose d’or de Bâle donnée au Prince Évéque par Clément V, les grands reliquaires du trésor de