Page:Dujardin - À la gloire d’Antonia.djvu/11

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ments dont nos corps faiblement se pâment ; et nous nous revoyons, oh ma très belle femme ; votre face ronde et blanche reluit, tendre en le cadre de vos cheveux ; vos grands yeux clairs m’aiment infiniment, et vos lèvres frissonnent d’intérieurs baisers ; votre front, vos joues et votre cou, vos lèvres, vos prunelles et vos seins sont d’amour à moi ; votre face m’est d’amour ; et vous me regardez si mélancoliquement amoureuse ; votre face tendrement d’une amoureuse douce auréole luit ; je suis roi, je triomphe, je suis dieu, je suis mage ; je resplendis dans le soleil, je rayonne solairement et je suis solairement beau ; je vais, moi, haute tête, front illuminé, yeux brillants, joues roses, odorantes lèvres, je vais en une gloire ; triomphalement je marche ; et dieu, et triomphal, et vous voyant mon épousée, je vais près vous, magiquement, beau, rayonnant, resplendissant ; et vos robes fluctueusement fluctuent, flots fluents ; vos effilés bras pendent, vos minces mains ; et votre taille en ces corsages noirs monte et monte, votre sein caché, vos seins très miens, et vos à jamais indéniables virginités ; sur vos hanches larges, d’où roulent immensément les robes, sur vos hanches la rondeur des seins gonflés et vos épaules et vos bras, en le noir, qui m’appartiennent ; la noire ligne de votre cou, et la face qui est de moi, lunaire face au diadème mortel, oh vivante du rêve, oh rêvée du réel, incolorée face très mienne, miennes lèvres ; oh baisée véridiquement, que je baise en une ascension qui ne finit pas, conjointe à moi, mon enlacée du corps et des yeux grands mélancoliques, soyons heureux, exaltons nous, jouissons de nous, vivons nous, sacrons nous, adorons notre vie, soyons bons, soyons saints, aimons, jouissons, marchons, vivons, soyons, soyons ensemble ; ayons, mon épousée, nos éternels fiancements ; soyons nous ; et jubilons, choses, de ce que nous sommes ; fêtons nous d’être ; rêvons à la sécurité indubitable de la foi ; éternel, je jouis de moi, mon épousée, t’aimant…

« Car cela est ma pensée.

« Car cela est mon œuvre.

« Car je t’ai faite et je te fais.

« Et glorieusement, hors les apparences, hors toute relation et hors la vanité, insensiblement, sans quelconque occurrence, sans loi de vouloirs étrangers, idéalement et tout absolument, je te pense, âme, mon épousée. »