Page:Dujardin - À la gloire d’Antonia.djvu/9

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des cheveux, le front ; la féminine peau ; des rares cheveux voletants ; sous mes lèvres un parfum de soie vivante ; la peau très douce ; et la tête encore peu à peu ne se lève-t-elle ? mes lèvres battent faiblement en le vide ; je vois un front blanc, des yeux clos blancs ; la tête encore se lève ? et les yeux s’ouvrent, et, touchant mes yeux, je vois ses yeux ; la splendeur des grands yeux clairs, triomphalement suaves, où je me vois, et où nous sommes, oh communies pensées, éternelles des enlacées ; et sa face pâle, radieuse balsamiquement, et radieuse d’amoureuse à l’amoureux ; et sur mes lèvres ses lèvres ; j’ai sur mes lèvres ses lèvres ; sur ses lèvres mes lèvres ; elle se meurt comme d’une possession ; sa poitrine se presse à ma poitrine ; ses reins en mes mains ploient ; ses mains, éparses sur mes épaules, glissent ; sa gorge exulte ; je me meurs d’elle ; en mes bras son corps s’efface, des robes infrangibles vêtu ; et je hume son souffle et sa vie en ses lèvres, je l’aspire et je la respire et nous nous transsubstantions, gloire du nom d’immaculée… Yeux très clairs ; blanche face ; lunaire incolorément ; chevelure exacte et diadémale ; hors les macules, au loin des affinées extases, si tu demeures, vierge, sois glorieuse… Les yeux où est l’amour de moi me regardent infiniment ; et sous mes doigts le noir corsage des seins cachés, vaguement les flots des robes disparaissantes, les voiles des pudeurs subtiles et l’incompréhensible et très vain sexe, et ces plis longs ; les noirs fuyants des prolongements de visions ; l’air trouble ; des bruits, des ombres, rien qu’un brouillard, un obscurcissement, une nuit où luit la noirceur des robes vastes ; une brume avec des ombres et des bruits ; un ennuagement qui pédale mon rêve ; un très vague ignoré, où tu montes, chair adorée montante, virescente vivante et blanche, seins cachés, oh corps blanc ignoré, blanche face encadrée, yeux clairs, âmes qui vous exhalez, et fontaines encharmantes, oh sources lèvres, lèvres, lèvres, délicieuses ensommeillantes, oh lèvres, oh tout puissantes lèvres ; elles se donnent, elles m’effarent, elles m’enfièvrent, oh lèvres qui te font à moi ; ensemble et solitairement ; et voluptueusement ; dans les sommeils ; dans le silence des envolées prodigieuses ; comme une entrée à quelque chose indéfinie.

J’ai dans mes mains ses mains ; nous fermons nos yeux ; nos bras et nos épaules se touchent ; nous sommes immobiles ; nos mains sont jointes ; nos genoux se sentent ; je revois son regard dernier ; un calme bon est à l’entour ; une demie lumière ; encore des musiques montent lointaines ; des