Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 5.djvu/158

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ressemblait au sommeil, succéderait un réveil qui ressemblerait à la foudre.

— Eh bien, lui demanda le président, que décidez-vous ?

— Rien ! dit en se levant le comte avec une voix sourde.

— La fille d’Ali-Tebelin, dit le président, a donc déclaré bien réellement la vérité ? elle est donc bien réellement le témoin terrible auquel il arrive toujours que le coupable n’ose répondre : NON ? vous avez donc fait bien réellement toutes les choses dont on vous accuse ?

Le comte jeta autour de lui un regard dont l’expression désespérée eût touché des tigres, mais il ne pouvait désarmer des juges : puis il leva les yeux vers la voûte, mais il les détourna aussitôt, comme s’il eût craint que cette voûte, en s’ouvrant, ne fit resplendir ce second tribunal qui se nomme le ciel, cet autre juge qui s’appelle Dieu.

Alors, avec un brusque mouvement, il arracha les boutons de cet habit fermé qui l’étouffait, et sortit de la salle comme un sombre insensé ; un instant son pas retentit lugubrement sous la voûte sonore, puis bientôt le roulement de la voiture qui l’emportait au galop ébranla le portique de l’édifice florentin.

— Messieurs, dit le président quand le silence fut rétabli, M. le comte de Morcerf est-il convaincu de félonie, de trahison et d’indignité ?

— Oui ! répondirent d’une voix unanime tous les membres de la commission d’enquête.

Haydée avait assisté jusqu’à la fin de la séance ; elle entendit prononcer la sentence du comte sans qu’un seul des traits de son visage exprimât ou la joie ou la pitié.

Alors ramenant son voile sur son visage, elle salua majestueusement les conseillers, et sortit de ce pas dont Virgile voyait marcher les déesses.