Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/13

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


où s’absorbèrent bientôt toutes ses facultés. C’est vers ce temps que le changement de son humeur fut remarqué par toute sa famille : il devint concentré. Au collège, ses manières devinrent de plus en plus étranges : au commencement de l’année, son maître d’étude le trouvait encore « très doux, rempli d’innocence et de bonnes qualités », mais ne pouvait s’empêcher de noter en lui quelque chose de singulier ; à la fin du second trimestre, il le juge original et bizarre, pas méchant, mais frondeur, singulier, aimant à contrarier et à taquiner ses camarades ; les dernières notes l’accusent enfin d’avoir quelque chose de caché dans le caractère, lui reprochent une ambition et une originalité affectées, une bizarrerie qui le sépare entièrement de ses camarades. Il semble, en lisant ces notes, que l’on assiste à la transformation opérée dans l’enfant par la découverte des Mathématiques ; il s’enfonce de jour en jour davantage dans ses méditations solitaires, et n’en sort que par de brusques détentes, où maîtres et camarades doivent pâtir de son humeur et surtout de l’opinion très haute et très juste qu’il s’est formée de lui-même.

Ce fut bien autre chose l’année suivante. Il entra dans la division de Rhétorique de MM. Pierrot et Desforges, en même temps que dans la seconde année de Mathématiques préparatoires de M. Vernier. Les notes des deux premiers ne sont qu’une suite de lamentations : « Sa facilité ne paraît plus qu’une légende à laquelle on cessera bientôt de croire ; — il n’y a trace dans les devoirs, quand il daigne en faire, que de bizarrerie et de négligence ; — il est toujours occupé de ce qu’il ne faut pas faire, il l’affecte même ; — il prend à tâche de fatiguer ses maîtres par une dissipation incessante ; — il baisse tous les jours. » Il est clair que la lassitude est devenue du dégoût, et que désormais les Mathématiques l’absorbent tout entier. Les notes du maître d’étude sont à cet égard plus expressives encore que celles des professeurs de Rhétorique : ce maître a la plus haute opinion des facultés de Galois, qui lui paraissent hors ligne aussi bien pour les Lettres que pour les Mathématiques ; aussi a-t-il essayé tout d’abord de lui faire accepter une distribution de temps qui sauvegarde la Rhétorique ; malgré les promesses de Galois, le plan n’a pas tenu : désormais le maître juge la conduite de l’élève fort mauvaise et son caractère peu ouvert, avec un amour-propre et une affectation d’originalité insuppor-