Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/17

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auteur qui le réclama inutilement au secrétariat de l’Académie ; il avait été égaré. Le peu d’attention donné par l’Institut au premier travail soumis à son jugement par Galois commença pour lui des douleurs qui, jusqu’à sa mort, devaient se succéder de plus en plus vives. »

Si du moins il avait pu se consacrer tout entier à ses recherches mathématiques. Mais non : d’autres obligations de travail et de discipline venaient à la traverse ; il n’avait plus de classes de Lettres, mais une classe de Physique à suivre et c’était un autre sujet de discorde entre l’administration du collège et lui. Celle-ci ne pouvait prendre son parti de la note « travail nul » que le professeur, M. Thillaye, inscrivait régulièrement à la fin de chaque trimestre devant le nom de Galois : elle persistait à juger que c’était là une bizarrerie voulue, affectée ; peut-être même ne se trompait-elle pas tout à fait, et en tout cas ce jugement rendait de plus en plus tendus ses rapports avec lui. C’étaient de brusques et perpétuels soubresauts entre les périodes d’application où il s’absorbait à fond dans son travail, et du même coup devenait raisonnable, et les périodes de détente où les reproches exaspéraient son esprit frondeur, où la discipline retombait de tout son poids sur ses épaules prêtes à la révolte. Deux désastres achevèrent de tout gâter et de lui briser les nerfs.

Sa seconde candidature à l’École Polytechnique ne fut pas plus heureuse que la première. Il fut refusé à la suite d’un examen demeuré légendaire. Vingt ans après, on retrouve un écho de la colère que cet échec excita chez tous ceux qui connaissaient Galois, dans une Note des Nouvelles Annales de Mathématiques : « Un candidat d’une intelligence supérieure est perdu chez un examinateur d’une intelligence inférieure. Barbarus hic ego sum quia non intelligor illis ! » Qui n’avait pas compris Galois ? était-ce M. Binet ou M. Lefébure de Fourcy ? Je ne sais, mais la tradition veut qu’après une discussion où l’un d’eux avait eu tort, le candidat, exaspéré, ait jeté à la figure de l’examinateur le torchon à effacer la craie. Un pareil mouvement de colère était probablement aussi un mouvement de désespoir : Galois voyait la vie qu’il avait rêvée lui échapper pour toujours ; il sentait que la force qu’il portait en lui l’avait mortellement frappé. Sur ces entrefaites, il perdit son père dans des circonstances tragiques.