Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/20

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au roi. Rien ne prouve mieux d’ailleurs combien ces garanties étaient illusoires que l’admission de Galois : il venait de passer cinq années dans un collège sur lequel la Congrégation avait la haute main, il avait été cinq ans sous l’œil de M. Laborie, sans qu’on soupçonnât les passions politiques qui grondaient déjà dans son cœur, sans qu’on eût deviné que sa foi était morte, sans que jamais les notes sur son attitude à la chapelle eussent relevé autre chose que des dissipations sans conséquence. D’un autre côté, cet aveuglement des maîtres ne saurait s’expliquer sans une certaine contrainte extérieure des élevés ; le régime du collège était un régime d’hypocrisie, racheté de temps à autre par des révoltes. Ce régime se prolongeait à bien des égards dans l’École préparatoire, et Galois, en y entrant, ne quittait pas le milieu qu’il avait pris en horreur.

Il le quittait d’autant moins qu’il n’était pas encore bachelier, et que, jusqu’à ce qu’il le fût, le règlement de l’École l’obligeait à suivre le cours de Philosophie du collège ; il ne pouvait d’ailleurs être admis définitivement qu’après avoir pris le grade de bachelier ès lettres et ès sciences. Le premier lui donna quelque peine ; refusé une première fois le 2 décembre, il fut reçu le 14, avec des épreuves littéraires mauvaises, mais deux très bien en Mathématiques et en Physique. Quinze jours après, MM. Francœur, Hachette et Lefébure de Fourcy le reçurent bachelier ès sciences, avec deux boules blanches et une rouge[1].

Les baccalauréats n’étaient pas la seule condition de son admission définitive. La première liste de nominations était alors établie d’après le résultat de compositions écrites qui n’étaient pas les mêmes pour toutes les Académies ; un examen oral de vérification, passé à l’École même, permettait aux maîtres de conférences d’écarter les jeunes gens qui ne leur paraissaient pas suffisamment instruits. Cette dernière épreuve, que Galois subit au mois de décembre 1829, faillit encore mal tourner pour lui. M. Leroy, il est vrai, lui donna 8 sur 10 pour les Mathématiques, avec cette observation : « Cet élève laisse quelquefois de l’obscurité dans l’expression de ses idées, mais il a de l’intelligence et montre un esprit de recherche très remar-

  1. Archives de la Faculté des Lettres et de la Faculté des Sciences.