Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/27

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rage la mort de Farcy exploitée par des gens qui n’étaient pas descendus dans la rue à l’heure du danger. Si l’on ajoute à tout cela que l’avènement de Louis-Philippe lui parut un coup de surprise et sa politique une trahison, on se fera une idée de la violence de ses sentiments au moment où se termina sa première année d’École, et où commencèrent les vacances de 1830.

Que fit Galois pendant ces vacances de 1830 ? Je n’ai pu obtenir aucun renseignement précis sur ce moment de sa vie, ou je devine pourtant le tournant décisif. Sa cousine, Mme Bénard, se rappelle encore avec quelle sombre passion il proclamait et défendait les droits des masses devant sa famille consternée. Je ne puis rapporter ces paroles à une autre époque, car le moment n’était pas éloigné où, absorbé entièrement par ses amis politiques, il allait se faire de plus en plus rare pour les siens. Probablement il fut sollicité[1] du côté du saint-simonisme, par son meilleur ami d’école, Auguste Chevalier, qui venait de terminer ses deux années d’études, et renonçait au professorat pour entrer dans la nouvelle église à la suite de son frère Michel. Mais si les saint-simoniens avaient pour les masses populaires une sympathie propre à toucher Galois, ce n’était cependant pas la sympathie fraternelle que réclamait son cœur. Leur peu d’estime pour le libéralisme révolutionnaire, leur hiérarchie trop rigoureuse de la société d’après les mérites, achevaient d’écarter l’âme républicaine de Galois de la doctrine à laquelle Chevalier voulait le conquérir. Les sociétés révolutionnaires, qui s’organisaient pour défendre les résultats de la Révolution de 1830, étaient bien mieux faites pour le séduire, pour satisfaire sa rancune et flatter ses aspirations généreuses. Je n’en ai pas là preuve, mais j’ai la conviction qu’avant la fin des vacances de 1830, il était déjà enrôlé dans la Société des Amis du peuple, et qu’il y entra au moment où, supprimée par arrêté, elle se reforma secrètement. Je pense que cette affiliation fut pour beaucoup dans l’attitude qu’il prit après la rentrée vis-à-vis de M. Guigniault et qui motiva son renvoi de l’École.

  1. Voir la lettre de Galois à Chevalier, p. 246.