Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/28

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II.

Pour bien comprendre les incidents qui, au mois de décembre 1830, amenèrent l’expulsion de Galois de l’École Normale (l’École préparatoire avait repris ce nom dès le 6 août), il faut encore une fois se rendre compte des circonstances environnantes et de l’état d’esprit où elles devaient mettre Galois. Pendant les derniers mois de 1830, la fermentation de Paris était aussi violente qu’aux époques les plus fiévreuses de la grande Révolution : le maintien de la Chambre élue avant les journées de juillet, les tiraillements entre les ministres qui voulaient une politique de progrès démocratique et ceux qui désiraient une politique de résistance, les manœuvres du roi pour se soustraire aux engagements tacites de l’Hôtel-de-Ville et, en louvoyant entre les deux partis, aboutir à son juste milieu, ce qu’il y avait d’absurde dans une quasi-légitimité comme ce qu’il y avait de généreux dans les combinaisons tentées pour sauver la tête de M. de Polignac, tout ce qui se faisait ou se préparait dans le gouvernement de Louis-Philippe irritait profondément les classes populaires et avec elles, plus qu’elles-mêmes, quiconque cherchait les antécédents de Juillet, non pas dans la Révolution anglaise de 1688, mais dans la Révolution française de 1789. Galois jugeait la situation générale avec les mêmes colères que le parti républicain tout entier ; à cela s’ajoutaient les motifs de mécontentement plus immédiats et plus personnels qu’il trouvait dans l’Université et à l’École Normale.

Nulle part la curée des places n’avait été plus âpre que dans le monde universitaire : là, dès le lendemain de la Révolution, plus vivement et plus haut encore que partout ailleurs, les doctrinaires avaient dit : « La maison est à nous ! » M. Cousin, qui n’avait pas paru pendant les trois journées et qui allait se faire donner la décoration de Juillet, M. Cousin, qui n’avait cessé, sous le règne précédent, de réclamer la suppression du Conseil royal de l’Instruction publique, venait de s’y installer et de se faire attribuer à la fois la direction de l’enseignement de la Philosophie dans les collèges et la haute surveillance de l’École Normale. M. Dubois qui, à la tête du Globe, avait