Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/29

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conduit le chœur des doctrinaires contre le gouvernement de Charles X, venait d’abandonner son journal pour se caser dans une inspection générale des études, d’où il jugeait que choses et gens étaient désormais à leur place. De moindres seigneurs s’installaient à leur exemple dans ces fiefs universitaires dont Renan devait voir la ruine dix-huit ans plus tard avec tant d’intime satisfaction. Pour connaître les sentiments avec lesquels un jeune homme de dix-neuf ans, cœur ardent et esprit rigoureux comme Galois, assistait à cette conquête de l’Université, il faut moins tenir compte des invectives d’un Barbier ou d’un Méry que du jugement d’hommes parfaitement modérés, et qui se déclaraient eux-mêmes démoralisés par un pareil spectacle. Ainsi Eugène Burnouf, alors maître de conférences à l’École Normale, et dont l’écœurement remplit ses lettres intimes de cette époque : le 16 octobre 1830, il écrivait à Mohl : « Nous avons les doctrinaires au pouvoir, dissertant en long et en large sur l’ordre légal, sur les utopies dangereuses, sur les agitateurs, etc., puis se plaçant très lestement aux gros emplois que les ultras ont laissés vacants, reconstruisant à petit bruit la boutique de Charles X […] Le peuple est beaucoup plus furieux que lorsqu’il chassait les Suisses […] Je voudrais bien vous dire que je suis heureux, ou satisfait au moins ; je suis profondément affecté des affaires publiques ; je n’aurais jamais cru que je pusse y prendre un intérêt si vif, mais le commencement était si beau que je m’y suis attaché malgré moi, et maintenant je souffre ; desinit in piscem… Je ne fais rien du tout, je ne vois absolument personne. Toutes mes connaissances sont devenues sous-préfets, ou même conseillers d’État. Le plus petit nombre se fait prendre mesure d’habits noirs pour solliciter encore. Mais, au milieu de tout cela, ne vous désolez pas sur le sort de notre ami Cousin. Il a empoigné le Conseil royal, qui eût dû sauter avec Charles X […] Et Sphynx ? Ô Mégas ! Sphynx est radieux et en même temps sombre, comme un mythe qui se dégage des profondeurs de l’intuition pour se réaliser dans l’épopée active. Il faut le voir, sabrant les agitateurs, écrasant les folliculaires, faisant guerre à mort aux utopies dangereuses. Il est, en vérité, tout à fait amusant ! » Qui est-ce, Sphynx ? L’éditeur des lettres de Burnouf s’est bien gardé de nous le dire. Mais, d’après l’allusion aux études religieuses, il semble bien que ce soit M. Guigniault lui-