Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/31

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’École préparatoire, et que les menaces mêmes dont son existence était entourée en avaient retardé l’organisation précise : le système des examens de passage en particulier était gros de menaces pour Galois. On sentait trop qu’une main vigoureuse venait de se poser sur l’École et ne la lâcherait plus : Galois en fit personnellement l’expérience, et, vers la fin de novembre, se vit infliger par M. Guigniault une consigne indéfinie[1]. À ce moment même, les élèves de l’École Polytechnique s’assemblaient pour délibérer et voter sur leur règlement, en présence de leur directeur Arago, et, à force de chanter la Marseillaise aux oreilles de leur directeur d’études, le très dévot M. Binet, ils le forçaient à se retirer[2]. Le contraste entre les deux maisons était décidément trop violent, le lieu d’exil trop étroit pour le malheureux jeune homme, conscient de son génie, et pénétré jusqu’aux moelles de ce même esprit qui faisait la popularité et la liberté des polytechniciens. Sa haine contre l’École Normale et contre M. Guigniault éclata. Intervenant dans une polémique que son directeur soutenait alors contre la Gazette des Écoles, et où celle-ci n’avait pas le beau rôle, il adressa à ce journal la lettre que voici :


3 décembre 1830.
Monsieur,

La lettre que M. Guigniault a insérée hier dans le Lycée, à l’occasion d’un des articles de votre journal, m’a paru fort inconvenante. J’ai pensé que vous accueilleriez avec empressement tout moyen de dévoiler cet homme.

Voici des faits qui peuvent être attestés par 46 élèves.

Le 28 juillet au matin, plusieurs élèves de l’École Normale désirant aller au feu, M. Guigniault leur dit à deux reprises qu’il pourrait appeler la gendarmerie pour rétablir l’ordre dans l’École. La gendarmerie, le 28 juillet !

Le même jour, M. Guigniault nous dit avec son pédantisme ordinaire : Voilà bien de braves gens tués de part et d’autre. Si j’étais militaire, je ne saurais à quoi me décider. Que sacrifier, ou de la liberté ou de la légitimité ?

Voilà l’homme qui, le lendemain, ombragea son chapeau d’une cocarde tricolore. Voilà nos libéraux doctrinaires !

Sachez aussi, monsieur, que les élèves de l’École Normale, mus par un noble patriotisme, se sont présentés tout dernièrement chez M. Guigniault

  1. Lettre de L., camarade de Galois. (Voir Pièces justificatives, p. 262.)
  2. G. Pinet, Histoire de l’École Polytechnique.