Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/32

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pour lui manifester l’intention où ils étaient d’adresser une pétition au ministre de l’Instruction publique pour avoir des armes, s’exercer aux manœuvres militaires, afin de pouvoir défendre le territoire, en cas de besoin. Voici la réponse de M. Guigniault. Elle est aussi libérale que sa réponse du 28 juillet : « La demande qui m’est adressée nous couvrirait de ridicule ; c’est une imitation de ce qui s’est fait dans les collèges : cela est venu d’en bas. Je ferai observer que lorsque pareille demande fut adressée par les collèges au ministre, deux membres seulement du Conseil royal votèrent pour, et ce furent précisément ceux du Conseil qui ne sont pas libéraux. Et le ministre a accordé : c’est qu’il a craint l’esprit turbulent des élèves, esprit pitoyable qui paraît menacer d’une ruine complète l’Université, et même l’École Polytechnique. »

Au surplus, je crois que, sous un certain rapport, M. Guigniault se défend avec raison du reproche de partialité pour la nouvelle École Normale[1]. Pour lui rien n’est beau que l’ancienne École Normale, tout est dans l’ancienne École Normale. Dernièrement nous lui avons demandé un uniforme ; il nous l’a refusé : à l’ancienne École, il n’y en avait pas. On faisait trois années d’études à l’ancienne École ; on avait reconnu lors de l’institution de l’École préparatoire l’inutilité d’une troisième année ; M. Guigniault a obtenu qu’elle fût rétablie.

Bientôt, à l’instar de l’ancienne École Normale, nous ne sortirons qu’une fois par mois, et nous rentrerons à cinq heures. Il est si beau d’appartenir au régime de l’École qui a produit MM. Cousin et Guigniault.

Tout en lui annonce les idées les plus étroites et la routine la plus complète.

J’espère que ces détails ne vous déplairont pas, et que vous voudrez bien en tirer, dans votre estimable feuille, tout le parti possible.

Un élève de l’École Normale[2].

Quelques circonstances atténuantes que l’on puisse plaider en faveur de Galois, et bien qu’il n’y eût rien de faux dans sa lettre[3], elle n’en était pas moins inadmissible. Sa publication jeta le trouble le plus profond parmi les élèves qu’elle mettait directement en cause en invoquant leur témoignage. Qu’il en fût l’auteur, personne n’en dou-

  1. C’était là le sujet de la polémique entre MM. Guigniault et Guillard.
  2. Galois avait signé de son nom ; ce fut le directeur du journal qui mit la signature anonyme. (Voir Pièces justificatives, p. 259.)
  3. Cela résulte de la comparaison de sa lettre avec celle de Bach, qui fut écrite en réponse. (Voir Pièces justificatives, p. 261.)