Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/35

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Ainsi, tandis que les littéraires couvraient de fleurs leur directeur et traitaient Galois de menteur, les scientifiques, ses camarades immédiats, sous le prétexte inadmissible qu’ils n’avaient pas été témoins des faits, se bornaient, sans un mot pour M. Guigniault, à relever l’incorrection qu’avait commise Galois en invoquant publiquement leur témoignage, sans y avoir été autorisé. Le désaccord entre les deux sections est donc flagrant.

M. Guigniault voulut absolument faire croire que le coupable lui avait été dénoncé par ses camarades. Il le dit expressément dans un rapport au ministre[1], daté du jour même de l’expulsion. « Cet élève, écrivait-il, m’a été déclaré coupable, tant par la déclaration de plusieurs de ses camarades, que par un aveu plein d’impudence fait après de vains essais de dénégation. » Mais on ne peut s’empêcher de remarquer que, quelques lignes plus loin, il écrivait : « Galois, m’étant désigné par tous les indices comme l’auteur de la lettre, j’ai pensé qu’il ne convenait pas de laisser plus longtemps l’École entière sous le poids de sa faute. » Indices paraît bien faible pour une dénonciation des camarades et un aveu du coupable. Il est également étrange que, dès le 9, M. Guigniault, dans un autre passage de son rapport, ait assuré au ministre que les élèves de l’École avaient dès le premier moment pris l’initiative d’un désaveu unanime, quand on sait, par les faits les mieux établis, que l’unanimité n’avait pas été obtenue avant le 9 décembre, et que, pour le désaveu du 10, les Lettres et les Sciences n’avaient pu adopter une formule commune. Le 18, M. Guigniault insista encore sur l’initiative des élèves dans une lettre adressée au Constitutionnel. Il n’avait pas eu besoin, disait-il, de faire d’information parce que les camarades mêmes de Galois s’en étaient chargés et qu’ils avaient pris l’initiative pour l’honneur de l’École. Or le rôle de M. Guigniault avait été beaucoup plus actif qu’il ne voulait bien le dire ; j’en ai trouvé la preuve dans une lettre intime écrite le 11 par un élève d’autant moins suspect qu’il a pris énergiquement la défense du directeur[2]. « M. Guigniault, dit-il, nous rassembla plusieurs fois chez lui, et nous témoigna toute sa douleur, et en même temps la satisfaction

  1. Archives nationales, Carton F17.70355. (Voir Pièces justificatives, p. 259.)
  2. Cette lettre m’a été communiquée par le fils de cet élève, normalien lui-même.