Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/38

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aussi, j’ose le dire, de ne pas oublier qui était Galois, et combien il avait déjà souffert dans son légitime orgueil. Certes M. Guigniault n’avait pas tort lorsque, dans son rapport au ministre, il assurait qu’il avait eu contre Galois, depuis son entrée à l’École, des sujets de plainte continuels. Il se rendait justice à lui-même en ajoutant : « Trop préoccupé de l’idée de son incontestable talent pour les Sciences mathématiques, et me défiant de mes propres impressions, parce que j’avais déjà eu des sujets de mécontentement personnel contre lui, j’ai toléré l’irrégularité de sa conduite, sa paresse, son caractère intraitable, dans l’espoir, non pas de changer son moral, mais de le conduire à la fin de ses deux années, sans ravir à l’Université ce qu’elle avait droit d’attendre de lui. » Mais comme il se trompait déjà en taxant de paresse l’indiscipline intellectuelle de Galois, et comme il se trompait davantage encore, en assurant, pour terminer, qu’il n’y avait plus de sentiment moral chez le jeune homme, et peut-être depuis longtemps. Ce n’est pas assez dire que, pour un génie comme celui de Galois et pour une époque comme celle où il vécut, les appréciations à la mesure des temps paisibles et des hommes ordinaires risquent aisément de tomber dans l’injustice. La vérité, c’est que l’erreur de conduite qui priva l’École Normale de Galois doit être attribuée avant tout à des sentiments de droiture intransigeante, exaltés chez lui par la conscience d’un génie supérieur auquel avait été refusée la seule récompense qu’il ambitionnât vraiment : l’admission à l’École Polytechnique.

Galois avait quitté l’École Normale le 9 décembre ; son expulsion ne fut prononcée définitivement par le Conseil royal que le 3 janvier 1831. D’après Auguste Chevalier[1], le Conseil aurait aussi décidé que Galois ne perdrait ni le titre, ni les avantages des élèves de l’École. C’est une erreur. Il n’y a rien de pareil ni dans le brouillon d’arrêté griffonné par M. Cousin en marge du rapport de M. Guigniault, ni dans le texte des registres[2] ; la vérité, c’est que, dans le Conseil, M. Villemain, l’intime ennemi de son ami Cousin, insinua qu’il n’y aurait peut-être pas eu en tout cela de quoi fouetter un chat, si les journaux n’avaient grossi l’affaire par le bruit qu’ils avaient fait autour d’elle ;

  1. Revue encyclopédique.
  2. Archives du Ministère de l’instruction publique.