Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/39

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


c’est encore que M. Poisson s’intéressa au talent de Galois, lui conseilla de récrire le manuscrit perdu chez Fourier, et se chargea de le présenter à l’Académie des Sciences dès le 17 janvier ; c’est enfin que le ministre, M. Barthe, mis au courant de tout, fit venir Galois et l’assura qu’il ne serait pas inquiété pour la rupture de son engagement décennal.

Du reste, Galois n’avait encore que dix-neuf ans et ne devait tirer au sort qu’en 1832 ; d’autre part il ne renonçait pas du tout à l’enseignement, puisque, dès le jeudi 13 janvier, il ouvrit chez Caillot, libraire, rue de Sorbonne no 5, un cours public d’Algèbre supérieure. « Ce cours, annonçait la Gazette des Écoles, aura lieu tous les jeudis à une heure et quart ; il est destiné aux jeunes gens qui, sentant combien est incomplète l’étude de l’Algèbre dans les collèges, désirent approfondir cette Science. Le cours se composera de théories dont quelques-unes sont neuves, et dont aucune n’a jamais été exposée dans les cours publics. Nous nous contenterons de citer une théorie nouvelle des imaginaires, la théorie des équations qui sont solubles par radicaux, la théorie des nombres et les fonctions elliptiques traitées par l’Algèbre pure. »

Passé sans plus tarder au rang des maîtres, comment Galois aurait-il regretté son expulsion de l’École ? Avant même qu’elle fût définitive, il avait usé de sa liberté recouvrée pour se lancer en pleine mêlée politique. La bataille était alors plus ardente que jamais ; elle se livrait autour de la Chambre des pairs qui jugeait les ministres de Charles X, et les étudiants y tenaient les premiers rangs. C’étaient là des tentations irrésistibles pour Galois. Des débats de son dernier procès politique il résulte que, à peine sorti de l’École Normale, il entra malgré sa jeunesse dans l’artillerie de la garde nationale. Celle-ci en effet ayant été dissoute le 31 décembre 1831 par ordonnance royale, comment Galois, qui ne fut pas compris dans la réorganisation, aurait-il eu un uniforme le 14 juillet 1831 et se serait-il cru le droit de le porter, s’il n’avait pas été enrôlé régulièrement entre le 9 et le 31 décembre ? Le ministère public ne contesta pas du reste qu’il eût appartenu à la garde nationale. Or, sur les quatre bataillons de l’artillerie, il y en avait deux qui étaient presque entièrement composés d’Amis du peuple, dont les officiers étaient tous les principaux chefs de cette Société républi-