Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/4

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un intérêt d’histoire s’ajoutait ainsi pour moi à un intérêt de biographie. Mon souhait essentiel est de substituer un portrait exact de cet illustre mathématicien aux vagues croquis que l’on en possédait ; mais j’avoue que ce serait aussi pour moi une vive satisfaction, si l’on jugeait qu’en racontant la vie de Galois j’ai pu éclairer d’un jour curieux quelques coins de la Révolution de 1830, et des années si troublées et si vivantes entre lesquelles elle s’insère.




I.

Évariste Galois est né le 25 octobre 1811, au Bourg-la-Reine, dans une maison qui porte aujourd’hui le no 20 de la Grand’Rue. Avant d’être peinte en vert et en saumon et de s’appeler pour le Parisien Villa de Bourg-la-Reine, cette maison était naguère encore une institution de jeunes gens, dont l’origine remontait au delà de la Révolution. Elle avait eu alors pour propriétaire le grand-père d’Évariste. Loin de souffrir de la Révolution, le grand-père Galois lui avait dû au contraire la prospérité de son pensionnat : le Bourg-la-Reine, devenu le Bourg-l’Égalité, jouissait d’un calme relatif à petite distance de Paris ; la plupart des collèges ou des autres pensionnats, tenus presque tous par des prêtres, avaient disparu ou étaient devenus suspects : c’étaient autant de circonstances favorables dont l’institution Galois avait profité ; elle avait dû aussi une part de son succès aux sentiments ardents avec lesquels la famille Galois s’était ralliée d’abord à la Révolution, puis à l’ordre de choses qui en était issu. Pendant que son fils aîné, officier dans la garde impériale, se battait un peu partout en Europe, M. Galois avait cédé sa pension à son cadet Nicolas-Gabriel, et celui-ci, lorsque naquit Évariste, était devenu depuis un an un véritable fonctionnaire, le chef d’une institution de l’Université impériale.

Nicolas-Gabriel Galois avait alors trente-six ans : c’était bien un homme du dix-huitième siècle, aimable et spirituel, habile à rimer des couplets ou à tourner des comédies de salon ; il était en même temps profondément pénétré de philosophie. Il avait vu avec joie la chute de la royauté et, même au déclin de l’empire, il aurait encore préféré