Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/43

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en faisant remarquer que, pendant la première partie de l’instruction, l’accusé n’en avait pas parlé.

Avant de laisser parler son défenseur, Galois tint à présenter lui-même ces observations sur le réquisitoire. « Je vais, dit-il, répondre à quelques erreurs de l’accusateur public. Il m’a d’abord objecté mes réponses dans l’instruction et l’omission du correctif « s’il trahit ! ». Je dois dire que j’ai mieux aimé céder au vœu du juge d’instruction que de m’exposer à rester trois ou quatre mois en prison. J’avoue d’ailleurs qu’il y a eu peut-être un peu de malice dans mon fait : vous ne vous figurez pas la joie du commissaire de police, quand il a cru avoir découvert en moi un conspirateur. Peu s’en est fallu qu’il n’ait cru sa fortune faite ; il doit être un peu détrompé. Je ne puis laisser passer sans réponse ce que vous a dit l’accusateur public qu’il était impossible que le roi trahît ; personne n’a aujourd’hui la niaiserie de croire qu’un roi soit impeccable, surtout depuis que les juges qui, sous Charles X, nous poursuivaient pour avoir dit qu’un roi pouvait faillir, ont prêté serment à un autre roi placé sur le trône par suite de la sottise du roi déchu. » Il se mit alors, dit la Gazette des Tribunaux, à lire un discours extraordinairement exalté : il dit qu’il était de ceux qui, depuis plusieurs mois, avaient parcouru plusieurs fois les rues en armes, et qu’il aurait voulu se trouver à l’audience du samedi précédent, où, dans une affaire de complot, ses amis avaient insulté les témoins, les juges et les jurés, envahi le prétoire et accueilli par des sifflets et des huées les ordres du président. Le président, très paternel, dut l’interrompre avec douceur et lui faire observer qu’il nuisait lui-même à sa défense.

Celle-ci fut présentée par un des défenseurs attitrés des accusés républicains, Me Dupont. Laissant de côté la question du correctif, puisque l’accusé s’était enlevé à lui-même cette circonstance atténuante, il fit surtout une réfutation juridique du réquisitoire et soutint que le restaurant ne pouvait être considéré comme un lieu public. Après un échange de répliques animées entre le défenseur et l’avocat général, le président résuma les débats et finit, comme celui du procès des Dix-neuf, en faisant appel aux sentiments des jurés comme pères de famille. Comme le juge d’instruction, il était touché par la jeunesse de l’accusé. C’était sans doute aussi le sentiment des jurés, car il leur suffit de dix minutes de délibération pour apporter un verdict négatif.