Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/55

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


C’est d’ailleurs au témoignage de Galois lui-même qu’il convient de s’en rapporter pour juger la physionomie de l’affaire. Comment révoquer en doute ce témoignage donné dans la triste journée du 29 mai, la veille du duel, alors que, sûr de la mort inévitable dont la pensée le hantait depuis longtemps, Galois mit fiévreusement par écrit les résultats de ses recherches auxquels il tenait le plus, griffonnant sans cesse en marge : « Je n’ai pas le temps, je n’ai pas le temps », et, après avoir ainsi rédigé son testament scientifique, écrivit aux patriotes républicains et à deux de ses amis les belles lettres que voici[1] :


29 mai 1832.
Lettre à tous les républicains.

Je prie les patriotes mes amis de ne pas me reprocher de mourir autrement que pour le pays.

Je meurs victime d’une infâme coquette. C’est dans un misérable cancan que s’éteint ma vie.

Oh ! pourquoi mourir pour si peu de chose, mourir pour quelque chose d’aussi méprisable !

Je prends le ciel à témoin que c’est contraint et forcé que j’ai cédé à une provocation que j’ai conjurée par tous les moyens.

Je me repens d’avoir dit une vérité funeste à des hommes si peu en état de l’entendre de sang-froid. Mais enfin j’ai dit la vérité. J’emporte au tombeau une conscience nette de mensonge, nette de sang patriote.

Adieu ! j’avais bien de la vie pour le bien public.

Pardon pour ceux qui m’ont tué, ils sont de bonne foi.

É. Galois.

Lettre à N. L… et à V. D…[2].

Paris, 29 mai 1832.
Mes bons amis,

J’ai été provoqué par deux patriotes […] il m’a été impossible de refuser.

Je vous demande pardon de n’avoir averti ni l’un ni l’autre de vous.

  1. le plus frappant à la fin de la vie de Galois, cet enfoncement des yeux que nous avons trouvé signalé dans le journal de sa sœur Mme Chantelot. À ce titre, il est intéressant ; mais la description sommaire du crâne faite après l’autopsie, et qu’on trouvera aux Pièces justificatives, p. 265, est en complet accord avec le portrait que je dois à 1’obligeance de Mme Guinard. (Voir aussi l’écrou de Sainte-Pélagie aux Pièces justificatives, p. 263.)

  2. Publiées par Chevalier, dans la Revue encyclopédique.
  3. Peut-être Duchâtelet.