Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/7

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tout au retour de l’ancien régime. La première restauration fit de lui le chef du parti libéral au Bourg-la-Reine. Pendant les Cent jours, le vote de l’assemblée primaire lui confia la mairie du village. Après Waterloo, il aurait dû rendre la place à son prédécesseur ; mais celui-ci, dans l’intervalle, avait été disqualifié par de mauvaises affaires et venait de quitter le pays : M. Galois profita de l’embarras du préfet pour lui demander d’être confirmé ou remplacé, et, faute d’autre candidat, il fallut le renommer officiellement à la fonction qu’il n’avait pas cessé d’exercer[1]. Il devait la conserver jusqu’à sa mort, scrupuleux observateur, sans aucun doute, du serment de fidélité qu’il avait prêté au roi, mais assez fort de l’appui de ses administrés pour résister très fermement à l’omnipotence du curé.

Il avait épousé sous l’empire une jeune fille, Adélaïde-Marie Demante, dont la famille, bien connue à la Faculté de droit de Paris, habitait le Bourg-la-Reine, presque en face de la maison Galois. Là aussi, dans une aisance modeste, se conservaient depuis longtemps des traditions de culture intellectuelle dont Évariste Galois devait recueillir l’héritage dès son enfance. Son grand-père maternel, Thomas-François Demante, était docteur abrégé à la Faculté de droit de l’ancienne université de Paris ; l’empire en avait fait un magistrat et, lorsque naquit Évariste, il présidait le tribunal de Louviers. C’était un latiniste passionné d’ancien régime : lui-même, il avait rompu tous ses enfants, filles et garçon, aux exercices de la vieille éducation classique ; il leur avait en même temps donné une solide instruction religieuse ; mais sur sa fille Adélaïde-Marie l’empreinte de l’antiquité avait été la plus forte. À travers la monotonie apparente des traductions quotidiennes du Conciones, les leçons sans cesse renouvelées du stoïcisme romain avaient pénétré jusqu’au fond l’âme de la jeune fille et lui avaient donné une trempe virile ; non qu’elle eût cessé d’être chrétienne ; elle fit au contraire toute sa vie profession de l’être, mais sans aucune nuance de dévotion féminine, rapprochant des textes sacrés ceux de Cicéron et de Sénèque et réduisant presque la religion au rôle d’enveloppe des principes de la morale. Avec cela une imagi-

  1. Archives de la Seine.