Page:Dupuy - La vie d'Évariste Galois.djvu/9

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de caractère qui coïncida avec la première éclosion de son génie mathématique et préluda aux dernières années de sa vie, si pleines, si agitées, si étranges.

C’est en 1823 que Galois quitta sa famille pour le collège. Déjà, deux ans auparavant, une demi-bourse lui avait été accordée au collège de Reims[1] ; mais sa mère avait préféré le garder encore près d’elle et il ne la quitta que pour entrer en Quatrième à Louis-le-Grand comme interne.

Sensible comme il l’était, l’enfant dut éprouver une impression singulière, en passant du village natal et de la maison paternelle, où la vie était grave et riante à la fois, dans cette sombre demeure du vieux Louis-le-Grand, toute hérissée de grilles et remuée de passions sous son aspect de geôle : passion du travail, et des triomphes académiques, passion des idées libérales, passion des souvenirs de la Révolution et de l’Empire, haine et mépris de la réaction légitimiste. Depuis 1815 les révoltes n’y avaient pas cessé ; deux proviseurs s’y étaient déjà usés en huit ans : le premier, M. Taillefer, parce que sa présence seule était une cause de mutinerie ; le second, M. Malleval, au contraire, parce que, pour obtenir la paix, il avait laissé carte blanche au libéralisme. Au moment où Galois entra à Louis-le-Grand, un nouveau proviseur, M. Berthot, venait d’en prendre la direction et s’apprêtait à gouverner à la manière forte. Aussitôt les internes jugèrent qu’il n’avait été mis là que pour préparer le retour des Jésuites et manifestèrent contre lui en s’abstenant de chanter à la chapelle ; la répression ne se fit pas attendre : elle eut pour résultat de donner à la sédition une forme moins négative et de la faire passer dans les salles d’études ; on jeta alors les principaux mutins dans la rue, sans même avertir leurs familles, et telle fut l’exaspération des élèves qu’à la Saint-Charlemagne de 1824 ils résolurent de garder le silence lorsque le proviseur porterait le toast accoutumé au roi. Non seulement ils se turent, mais quelques professeurs ayant répondu sans ensemble, leurs voix qui faisaient long feu furent couvertes par des rires. Scandale abominable ! Attéré et furibond, M. Berthot n’hésita

  1. Archives du Ministère de l’Instruction publique.