Page:E. Browning - Les Sonnets du portugais (trad. Morel).djvu/109

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XLIII


Aimé, tu m’as porté souvent des fleurs, cueillies
Au jardin, tout l’hiver aussi bien qu’en été ;
Il semblait que toujours leur tige eût végété
Dans ces murs, sans besoin de soleil ni de pluies.

Au nom du même amour de nos âmes unies,
Prends ces pensers qu’aussi ces murs ont abrité
Et vu fleurir, et qu’en tout temps j’ai récolté
Sur le sol de mon cœur. Là, sans doute, prairies,

Bosquets sont envahis de plantes sans valeur ;
Tu les arracheras. Mais vois : des églantines
Et du lierre ! Prends-les, comme je pris tes fleurs ;

Ne laisse pas flétrir les frêles étamines ;
Que tes fidèles yeux conservent les couleurs ;
Dis à ton cœur qu’au fond du mien sont leurs racines.