Page:Emile Zola - La Bête humaine.djvu/119

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marais… N’est-ce pas ? mon cher monsieur, vous ne voyez pas mon frère supplicier cette gamine. C’est odieux, c’est impossible. » Pendant ce récit, M. Denizet avait écouté attentivement, sans approuver ni désapprouver. Et Mme Bonnehon eut un léger embarras à finir ; puis, se décidant :

« Mon Dieu ! je ne dis point que mon frère n’ait pas voulu plaisanter avec elle. Il aimait la jeunesse, il était très gai, sous son apparence rigide. Enfin, mettons qu’il l’ait embrassée. » Sur ce mot, il y eut une révolte pudique des Lachesnaye.

« Oh ! ma tante, ma tante ! » Mais elle haussa les épaules : pourquoi mentir à la justice ?

« Il l’a embrassée, chatouillée peut-être. Il n’y a pas de crime là-dedans… Et ce qui me fait admettre cela, c’est que l’invention ne vient pas du carrier. Louisette doit être la menteuse, la vicieuse qui a grossi les choses pour se faire peut-être garder par son amant, de façon que celui-ci, une brute, je vous l’ai dit, a fini de bonne foi par s’imaginer qu’on lui avait tué sa maîtresse… Il était réellement fou de rage, il répétait dans tous les cabarets que si le président lui tombait sous les mains, il le saignerait comme un cochon… »

Le juge, silencieux jusque-là, l’interrompit vivement.

« Il a dit cela, des témoins pourront-ils l’affirmer ?

— Oh ! cher monsieur, vous en trouverez tant que vous voudrez… Enfin, une bien triste affaire, nous avons eu beaucoup d’ennuis. Heureusement que la situation de mon frère le mettait au-dessus de tout soupçon. » Mme Bonnehon venait de comprendre quelle piste nouvelle suivait M. Denizet ; et elle en était assez inquiète, elle préféra ne pas s’engager davantage, en le questionnant à son tour. Il s’était levé, il dit qu’il ne voulait pas

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