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RACINE

sujet moral, insista, parla de « la douleur vertueuse » de Phèdre « malgré soi » criminelle. Arnauld (très préparé par Boileau ; voir Racine fils) déclara qu’il n’y avait rien à reprendre. Racine, cette fois seulement, insista très vivement sur le côté moral de l’œuvre (voir sa préface). La vérité est que tous ces jugements sont très conciliables. Ceux qui accusent Racine d’immoralité regardent au sujet et ceux qui l’acquittent à la manière dont il l’a traité. Or le sujet est indécent et la manière dont il est traité est sévèrement et rudement morale.

Mais faut-il traiter de sujets indécents ? Ici revient le Chrèsta (mœurs bonnes) d’Aristote. Corneille évidemment estime qu’il ne faut pas de sujets immoraux en soi. Dans sa préface d’Attila (qui ne vise pas Phèdre, bien entendu, puisque Attila est du temps d’Andromaque) : « J’espère un jour traiter cette question plus au long et faire voir quelle erreur c’est de croire qu’on peut faire parler sur le théâtre toutes sortes de gens selon l’étendue de leur caractère. » Les moralistes les plus austères, les prédicateurs les plus rudes ont cru qu’il fallait peindre les vices très crument pour en inspirer l’horreur, et c’est peut-être là la raison du sentiment d’Arnauld. D’autres estiment qu’à suivre cette méthode on inspire le vice par la peinture qu’on en fait, sans en détourner par la condamnation qu’on en prononce ou par le supplice qu’on lui inflige. Au fond, Racine, dans sa préface, fait comme tous les auteurs de romans licen-