Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 1.djvu/269

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V DE GUSTAVE FLAUBERT. :.21 ‘ priser? m'écris-tu, parce que tu t’es donnée trop — tôt a moi! As-tu pu le penser? Jamais, jamais, - quoi que tu fasses, quoi qu’il arrive! Je _te suis dévoué pour la vie, ai toi, à ta fille, ai ceux que tu voudras. Cest la un serment; retiens-le, uses-en. Je le fais parce que je puis le tenir. ` A- Oui je te desire et je pense ai toi. Je t’aime plus _ _ que je ne t'aimais a Paris. Je ne puis plus rien , - laire; toujours je te revois dans l'atelier, debout pres de ton buste, les papillottes remuantes sur tes épaules blanches, ta robe bleue, ton bras, ton visage, que sais-je? tout. Tiens! maintenant la firœ me circule dans le sang. ll me semble que · tu es la; je suis en Feu, mes nerfs vibrent... tu sais comment... tu sais quelle chaleur ont mes baisers. Depuis que nous nous sommes dit que nous nous aimions, tu te demandes d’ou vient ma ré- serve à âjouter « pour toujours ». Pourquoi? _Cest que je evine l’avenir, moi; c’est que sans cesse Yantithèse se dresse devant mes yeux. Je n’ai jamais vu un enfant sans penser qu’il deviendrait vieillard, ni un berceau sans songer ai une tombe. La contemplation d’une femme nue me fait rêver a son squelette. Cest ce qui fait que les spectacles joyeux me rendent triste, et que les spec- tacles tristes m'afl`ectent peu. Je pleure trop en dedans pour verser des larmes au dehors; une lecture m'émeut plus qu'un malheur réel. Quand j’avais_une famille, jai souvent souhaité n'en avoir pas, pour être plus ·ibre, pour aller vivre en Chine ou chez les sauvages. Maintenant que je n'en ai t · plus, je la regrette et je m’accroche aux murs ou son ombre reste encore. D’autres seraient fiers de

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