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XXVI SOUVENIRS INTIMES. Les habitudes de la maison étaient subordonnées aux goûts de mon oncle, grand’mére n’ayant pour ainsi dire pas de vie personnelle : elle vivait de ce qui faisait le bonheur des siens. Sa tendresse s’alar- _ mait au plus petit symptôme de soullrance qu’elle . croyait découvrir en son fils et cherchait a l’enve- lopper d’une atmosphère toute calme. Le matin, dé- fense de faire le moindre bruit; vers io heures, un violent coup de sonnette retentissait; on entrait dans la chambre de mon oncle, et seulement alors chacun ‘ · semblait s’éveiller. Le domestique apportait les lettres et journaux, déposait sur la table de nuit un grand Verre d’eau très fraîche et une pipe toute bourrée; il ouvrait ensuite les fenêtres, la lumiere entrait à flots. Mon oncle saisissait les lettres, parcourait les adresses, mais rarement en décachetait une avant d’avoir tiré quelques bouliées de sa pipe, puis tout en lisant il tapait a la cloison voisine pour appeler sa mère, qui _ accourait aussitôt s’asseoir prés de son lit jusqu’a ce qu’il se levat. Il faisait lentement sa toilette, s’interrompant parl fois pour aller relire a sa table un passage qui le préoccupait. Bien que fort peu compliquée,,sa mise ne manquait pas de soin et sa propreté touchait au ramnement. A II heures, il descendait au déjeuner où ma grand’mére, l’oncle Parain, l’institutrice et moi nous étions déjà réunis. Nous aimions tous infiniment l’oncle Parain. II avait épousé la sœur de mon grand-père et passait une grande partie de l’année avec nous. A cette époque mon oncle mangeait peu, surtout le matin, trouvant qu’une nourriture abondante alourdit et dispose mal au travail; presque jamais de viande; des œufs, des légumes, un morceau de fromage ou un fruit et une tasse de chocolat froid. Au dessert, il allu- mait sa pipe, une petite pipe en terre, se levait et allait au jardin, où nous le suivions. Sa promenade