Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 2.djvu/159
DE GUSTAVE FLAUBERT. 1 5; 246. À LOUIS BOUILHET. Le Caire, I5j21IlVlCI‘ 1850. Ce matin à midi, cher et pauvre vieux, j’ai _ reçu ta bonne et longue lettre tant désirée; elle m’a remue jusqu’aux entrailles. Comme je pense a toi, va, inestimable bougre! combien de fois par jour je tîévoque et que jete regrette! Si tu ` trouves que ie te manque, tu me manques aussi. En marchant le nez en l’air dans les rues, en re- » gardant le ciel bleu, les moucharabis, les maisons et les minarets couverts d’oiseaux, je rêve à ta personne, comme toi dans ta petite chambre de la rue Beauvoisine, au coin de ton feu, pendant _ que la pluie coule sur tes vitres et que Huard est là. ll doit Faire froid a Rouen maintenant, de ce _ . vieux bougre de froid embêtant. On a les pattes mouillées et on s’ennuie en pensant au soleil. ‘ Quand nous nous reverrons, il aura passé beau- · 4 coup de jours, je veux dire beaucoup de choses. 1 ' Serons-nous toujours les mêmes ? N’y aura-t—il rien de Changé dans la communion.de nos êtres? .l’ai trop d’orgueil de nous-mêmes pour ne pas le croire. Travaille toujours, reste ce que tu es. Con- tinue ta dégoûtante et sublime façon de vivre, et ' puis nous verrons a faire résonner la peau de ces tambours que nous tendons si dru depuis longtemps. Je cherche partout a te rapporter quelque chose de chic. tlusqu’a présent je n’ai rien trouvé, si ce n’est ue fai coupé a Memphis deux t ou trois branches de palmier pour t’en faire des cannes. “