Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 3.djvu/189

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DE GUSTAVE FLAUBERT. , 18; Ajaccio, j’osai soutenir seul, devant une quinzaine de personnes, c’était [chez] le préfet, que Béranger était un poete commun et de troisième ordre. J’ai _ aru a toute la société, j'en suis sûr, un petit col- légien fort mal élevé. Ahl Les gueux! les gueux! Quel horizon l. . . Cela donnait le cauchemar a mon pauvre Alfred. La postérité, du reste, ne tarde pas a cruellement délaisser ces gens-la qui ont voulu être utiles et qui ont chanté pour une cause. Elle n’a souci déja, ni de Chateaubriand avec son Chris- tianisme renouvelé, ni de Béranger avec son phi- losophisme libertin, ni méme bientôt de Lamartine . avec son humanitarisme religieux. Le Vrai n’est I jamais dans le présent. Si l’on s’y attache, on _y périt. - A l’heure qu’il est, je crois même qu’un penseur (et qu’est-ce que l’artiste si ce n’est un triple pen-· seur ?) ne doit avoir ni religion, ni patrie, ni même aucune conviction sociale. Le doute absolu main- ‘ tenant me paraît être si nettement démontré que vouloir le formuler serait presque une niaiserie. B[0uilhet] me disait, fautre jour, qu’il éprouvait le besoin de faire l’apostasie publique, écrite, mo- tivée, de ses deux qualités de chrétien et de Fran- çais, et de foutre, après, son camp de l’Europe Y ` pour ne plus jamais en entendre parler, si c'était possible. Oui, cela soulagerait de dégueuler tout · l'immense mépris qui vous emplit le cœur jusqu’à V la gorge. Quelle est la cause honnête, je ne dis ‘ pas a vous enthousiasmer, mais même à vous inté- resser, par le temps qui court? Comme tu as, toi, dépensé du tempsjde fénergie dans toutes ces A bêtises-la! "Que d'amour inutile! J e t'ai connue — 4 démocrate pure, admiratrice de G. Sand et Lamar-

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