Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 4.djvu/10

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4 CORRESPONDANCE de choses flottent encore dans les limbes de la — pensée humaine! Ce ne sont pas les sujets qui manquent, mais les hommes. A propos des hommes, permets-moi de te citer de suite, de peur que je ne les oublie, deux petites aimables anecdotes. Premier fait : on a exposé à la morgue, a Rouen, un homme qui s'est noyé avec ses deux enfants attachés ai la ceinture. La misère ici est atroce. Des bandes de pauvres commencent à courir la campagne les nuits. On a tué a Saint- Georges, à une lieue d’ici, un gendarme. Les bons pa sans commencent à trembler dans leur peau. S’ils sont un peu secoués, cela ne me fera pas pleu- rer. Cette caste ne mérite aucune pitié. Tous les vices et toutes les férocités l’emplissent. Mais pas- sons. Deuxième fait, et qui démontre comme quoi . les hommes sont frères. On a exécuté ces jours-ci, a Provins, un jeune homme qui avait assassiné un bourgeois et une bourgeoise, puis violé la ser- · vante sur place et bu toute la cave. Or, pour` voir guillotiner cet excentrique, il est arrivé dans Pro- vins, dès la veille, plus de dix mille gens de la campagne. Comme les auberges n'étaient pas suf- fisantes, beaucoup ont passé la nuit dehors et ont couche dans la nezlge. L'afHuence était telle que le pain cz mangue. O suffrage universel! Sophistes! O char- latans! Déclamez donc contre les gladiateurs et parlez-moi du progrès! Moralisez, faites des lois, des plans! Réformez-moi la bête féroce. Quand même vous auriez arraché les canines du tigre, et qu’il ne pourrait plus manger que de la bouillie, il lui restera touiours son coeur de carnassier! Et ainsi le cannibale perce sous le bourgeron popu- laire, comme le crâne du Caraïbe sous le bonnet

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