Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 4.djvu/24

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vi 8 CORRESPONDANCE «et dailleurs, afin de n'étre pas tiraillé par les I . heures, je prendrai deux ou trois jours pleins, afin cl'étre e reste du temps plus complètement a toi et a Bouilhet. Je crois que je vais définitive- ment envoyer promener à un autre voyage l'ex- ` cursion a Nogent. Cela me demanderait deux jours pleins, et c’est de fargent dépensé sans pro- fit ni plaisir! Sais~tu com ien fai fait cle pages cette semaine? Une, et encore je ne dis pas qu’elle soit bonne! ll fallait un passage rapide, . · léger. Or j'étais dans des dispositions de lour- deur et de développement! Quel mal fai! C°est donc quelque chose de bien atrocement délicieux que d’écrire, pour qu’on reste a s’acha1·ner ainsi, en des tortures pareilles, et qu'on n'en veuille pas d’autre. Il y a la-dessous un mystère qui m’échappe! La vocation est peut—être comme l’amour du pays natal (que j'ai peu, du reste), un certain lien fatal des hommes aux choses. Le Sibérien dans ses neiges, et le l·lottentot dans sa hutte vivent contents, sans réver soleil ni palais. Quelque chose de plus fort qu’eux les attache a leur misère, et nous nous débattons dans les Formes! Poètes, sculpteurs, peintres et musiciens , nous respirons l'existence a travers la phrase, le contour, la couleur ou l’harmonie, et nous trou- vons tout cela le plus beau du monde! Et puis fai été écrasé pendant deux jours par une scène de Shakespeare ( la 1'° de facte Ill du Roi Lear). Ce bonhomme-là me rendra fou. Plus que jamais tous les autres me semblent des enfants à côté. Dans cette scène, tout le monde, a bout de mi- sère et dans un paroxysme complet de l’étre, perd la tête et déraisonne. ll y a la trois folies dif-

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