Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 7.djvu/20

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mon Dieu ! quel ennui que de vivre dans un pareil temps ! Vous ne vous imaginez pas le torrent de démences au milieu duquel on se trouve ! Que vous faites bien de vivre loin de Paris !

Je me suis remis à mes lectures et, dans une huitaine, je commencerai mes excursions aux environs pour découvrir une campagne pouvant servir de cadre à mes deux bonshommes. Après quoi, vers le 12 ou le 15, je rentrerai dans ma maison du bord de l’eau. J’ai bien envie d’aller enfin, cet été, à Saint-Gervais pour me blanchir le museau et me retaper les nerfs. Depuis dix ans, je trouve toujours un prétexte pour m’en dispenser. Il serait temps cependant de se désenlaidir, non pas que j’aie des prétentions à plaire et à séduire par mes grâces physiques, mais je me déplais trop à moi-même, quand je me regarde dans ma glace. À mesure qu’on vieillit, il faut se soigner davantage.

Je verrai ce soir Mme Viardot, j’irai de bonne heure et nous causerons de vous.

Quand nous reverrons-nous, maintenant ? Comme Nohant est loin de Croisset !

À vous, chère bon maître, toutes mes tendresses.

Gustave Flaubert,
Autrement dit le R. P. Cruchard des Barnabites,
directeur des Dames de la Désillusion.



Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils