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le voisin ressemblant. C’est à vous de conclure et de vous demander si notre époque est effectivement médiocre, ridicule etcondamnée à réternel avortement de ses aspirations ^^^) »
Et en réalité l’opinion de George Sand n’était pas aussi favorable qu’elle voulait bien le dire aux lecteurs de la Liberté. Elle nes’en cachait pas à Flaubert :
« 11 n’est pas inutile, lui écrivait -elle le 9 janvier 1870, de savoir l’opinion des bonnes gens et des jeunes gens. Les jeunesdisent que l’Education sentimentale les a rendus tristes.
« Ils ne s’y sont pas reconnus, eux qui n’ont pas encore vécu,mais ils ont des illusions et disent : « Pourquoi cet homme si bon,« si aimable, si gai, si simple, si sympathique, veut-il nous décou« rager de vivre? » C’est mal raisonné, ce qu ils disent, mais commec’est instinctif, il faut peut-être en tenir compte (^^. »
Cinq années plus tard (19 décembre 1875) George Sand revenait encore sur ce sujet; elle reprochait au roman le manqued’action des personnages sur eux-mêmes : « On est homme avanttout. On veut trouver l’homme au fond de toute histoire et detout fait. C’a été le défaut de l’Education sentimentale, à laquellej’ai tant réfléchi depuis, me demandant pourquoi tant d’humeurcontre un ouvrage si bien lait et si solide. Ce défaut, c’étaitl’absence d’action des personnages sur eux-mêmes. Ils subissentles faits et ne s’en emparent jamais (•■’\ »
Rappelons pour mémoire les violentes attaques de Barbeyd’Aurevilly qui peuvent se résumer dans cette phrase : « Je disenfin qu’il n’y a plus à s’occuper de Flaubert qu’au seul cas où ilchangerait de système et de manière, et il n’en changera pas^*). »
Depuis, la critique a été plus favorable. M. Faguet, sans seranger au nombre de ceux qu il appelle « les fanatiques de V Education » y a reconnu que « si Flaubert n’avait pas écrit Madame Bovary, il aurait cependant son chef-d’œuvre, il faut bien qu’un auteur en ait un. Et je ne crois pas que ce fût Salammbô, et je croisque ce serait V Education » ’^^K
Flaubert eut toujours un faible pour cet ouvrage. 11 enétait même arrivé à regretter Madame Bovary, que ton accolait toujours a son nom. « Un jour, raconte Maxime Du Camp, il(Flaubert) me dit : « Je voudrais faire un coup de bourse et ga« gner une grosse somme. Pourquoi? Pour racheter* n’importe à
’■’ Liberté, 22 décembre 1869. Voir Opinions de la presse.
f’^’ Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert, p. 196.
’’’ Jdem, p. 433.
’*’ Barbey d’Aurevilly. Le Roman contemporain, p. 105.
’*’ Faguet. Flaubert, p. 126.