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La Liberté, 22 décembre 1869 (M""® George Sand).
G. Flaubert est un grand chercheur, et ses tentatives sont decelles qui soulèvent de vives discussions dans le public, parcequ’elles étendent et font reculer devant elles les limites de laconvention.
Ce qui nous a vivement frappé dans son nouveau livre, c’estun plan très original, et qui eût semblé irréalisable à tout autre.
Après s’être concentré dans l’étude d’une bourgeoise pervertie, il a mis en scène les nations, les races qui s’entre-dévorent. Nousavouons que notre admiration est surtout pour ce côté hardi etgrandiose de son imagination ; mais quana, par un de ces contrastes qui lui sont propres, il redescend dans le monde de l’observation, nous le suivons avec la certitude qu’il ne s’y comporterapas comme le premier venu.
Le voici qui nous conduit dans la vie vulgaire et qui sembleavoir résolu de nous la montrer si fidèlement que nous en soyonsaussi effrayés que de la chute de Madame Bovary ou du supplicede Matho. Il a réussi à produire une sensation nouvelle : le rire indigné contre la perversité et la lâcheté des choses humaines, quand, à des époques données, elles vont à la dérive toutes ensemble.
Epris de ces vues d’ensemble, il a exprimé cette fois l’état général qui marque les heures de transition sociale. Entre ce quiest épuisé et ce qui n’est pas encore développé, il y a un malinconnu, qui pèse de diverses manières sur toutes les existences, qui détériore les aptitudes et fait tourner au mal ce qui eût puêtre le bien, qui fait avorter les grandes comme les petites ambitions, qui use, trahit, fait tout dévier, et finit par anéantir lesmoins mauvais dans l’égoïsme inoffensif.
C’est la fin de l’aspiration romantique de iS^^o se brisant auxréalités bourgeoises, aux roueries de la spéculation, aux facilitésmenteuses de la vie terre à terre, aux difficultés du travail et dela lutte. Enfin, comme le sous-titre l’annonce, c’est l’histoire d’unjeune homme — d’un jeune homme qui, comme tant d’autres, eût volontiers contribué à l’histoire de son temps, mais qui a étécondamné à en faire partie, comme chaque flot qui s’enfle et secreuse fait partie de l’océan. Peu de ces lames sans nom ont lachance de porter un navire ou de déraciner un rocher : ainsi dela foule humaine ; elle s’agite et retombe quand elle ne rencontrepas les grands courants, ou elle tourne sans but sur elle quandelle plie sous les vents contraires.
Le jeune homme dont nous suivons l’éducation sentimentaleà travers les déceptions d’une triste expérience ne serait pas untype complet s’il n’échouait pas par sa faute. Il n’a pas l’énergique constance des exceptions, les circonstances ne l’aidentpoint et il ne réagit pas sur elles. Le romancier dispose comme