Page:Flaubert - Notes de voyages, I.djvu/29

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
26
NOTES DE VOYAGES.

chose assez puérile : signifer, dux equitum, etc. « afin de les exercer toujours à combattre ». — Le P. Ducis, professeur de physique. — « Êtes-vous parent du poète, Monsieur ? — On dit que oui, Monsieur, mais je n’en crois rien, il a gardé tout pour lui, car ce n’est pas du tout ma partie », avec un petit rire modeste et orgueilleux qui voulait dire : « Moi, je ne rimaille pas, je m’occupe à des choses positives, et puis, d’ailleurs, le théâtre n’est-il pas maudit par l’Église ? nous haïssons l’art, nous autres ». Quelque disposé que je sois à ne pas me joindre aux criailleurs contre les jésuites, j’ai senti pendant une demi-heure qu’ils n’avaient pas tout à fait tort. Quelle différence avec l’air franc, cordial et normal de ces vieux moines qui ne lèvent jamais la tête ou bien vous regardent en face !

Le palais Spinola : le vestibule au rez-de-chaussée est peint, usé ; les peintures tombent par morceaux. La première fois que j’y ai été, il y avait établie une marchande de fleurs qui faisait ses bouquets. — Vieux domestique, petit, maigre, figure douce, un peu railleur, aimant ses maîtres, ne parlant que d’eux, des ouvrages de Mme la marquise, du lit de mort de M. le comte. — Son mot à propos du tombeau scandaleux (prétendu) tourné contre la muraille : « Monsieur est un peu jésuite ». — La grande salle au premier, voûtée, et avec ses coins en petites voûtes, à lambris noirs, plafond doré, haute cheminée, est, avec celle du palais Doria, le plus grand appartement qu’il y ait dans tous les palais de Gênes. Les fils actuels peignent ; nous avons vu de leurs œuvres à côté de celles des maîtres ; il faut avoir du front ! —