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VOYAGE EN FAMILLE.

Un Silène, de Rubens : Silène, le chef couronné de pampres et de raisins, nu, gros ventre, plein de vin, s’endormant et riant tout à la fois, digérant et gueulant ; à côté de lui, une femme vigoureuse, vue de profil, vers laquelle il se tourne un peu, et un autre compagnon ; ces deux derniers cherchent à le soutenir.

Palais Balbi. — Comme ensemble de richesses et de peinture : petits Amours, de Rubens, se jouant sous des arbres ; beaux d’expression, de mouvement et de chaleur, pieds vilains, engorgés. — Frise de Dominiquin Zampieri, représentant le Combat des Centaures et des Lapitbes : figure soufflant dans un instrument, plenis buccis ; autre criant, de face, on lui voit tout le palais, les dents ; un Centaure, dans l’eau, prenant une femme pour la violer, la femme est nue et également dans l’eau jusqu’à la ceinture ; cela est d’un érotisme exellent. Toute l’œuvre est vigoureuse et mouvementée.

Andromède, de Guerchin, ressemble trop au sujet analogue de l’Arioste, traité par M. Ingres.

Un Marché, de Bassano, plein de monde, plein d’animaux et de comestibles, toujours confus, sale de couleur et singulièrement bousculé ; il y a pourtant là quelque chose. Bassano devait être un homme malheureux.

Portrait du Titien par lui-même : teint pâle, cheveux roux blond, yeux bleus, crâne fort et ardent, expression élevée, antisensuelle. Dans la figure des grands artistes tout se concentre dans l’œil, parce qu’ils ne sont peut-être que cela, que des contemplateurs, comme disait Boileau en parlant de Molière. Regard un peu oblique et fixe ;