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NOTES DE VOYAGES.

petit chapeau relevé, posé sur le sommet de la tête.

La Tentation, de Breughel : une femme couchée nue, l’Amour dans un coin (Titien ?). Pendant que je regardais la Tentation de Breughel il est venu un monsieur et une dame qui sont partis à peine entrés ; leur mine devant ces toiles était quelque chose de très profond comme bêtise. Ils accomplissaient un devoir.

Durazzo (rue Balbi). — Grand escalier, le plus beau avec celui de l’Université qui a ses deux lions descendant les marches ; jardin au milieu du carré et l’escalier. Ces arcades, au milieu desquelles il y a des arbres, font penser aux palais moresques.

Madeleine, de Titien, chevelure épanchée sur les épaules, nue, brune, sanguine, forte, pleurant, livide aux tempes, les paupières rouges, des larmes sous la peau, belle, belle et faite encore pour être aimée, embellie de sa prostitution, expiée par le repentir.

Deux tableaux de Ribera, Héraclite et Démocrite : Démocrite, le rieur, a la main posée sur le globe. Je n’ai rien vu dans le monde d’une ironie plus tragique et plus insolente ; c’est un rire de cuivre qui sort de la toile, un rire énorme, à la Gargantua, mais romantisé, plus satanique ; l’homme a l’air canaille et intelligent ; par-dessus tout cela donne la terreur du sublime. Héraclite est tout pâle, verdâtre, la bouche crispée, décharné. Inférieure à l’autre toile, qui est exagérée comme d’ordinaire. On peut (pour moi) la rapprocher de l’École espagnole.

Un tableau de Van Dyck représentant des pe-