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VOYAGE EN FAMILLE.

écrit sur le troisième pilier en entrant, le deuxième avant d’arriver à celui du prisonnier ; il est gravé dans le roc, de travers, une barre dessus dans toute la longueur comme si on avait voulu l’effacer. Il est écrit en noir : est-ce déjà le temps ? ou de l’encre mise pour faire revivre les lettres ? Au milieu de tous les noms obscurs qui égratignent et encombrent la pierre, il reluit seul en trait de feu. J’ai plus pensé à Byron qu’au prisonnier. Au-dessous du nom la pierre est un peu mangée, comme si la main énorme qui s’est appuyée longtemps l’avait usée. J’ai rêvé à cette main s’appliquant à creuser cinq lettres. Quand je suis entré là, que j’ai vu le nom de Byron et que j’ai tâché de penser à ce qu’il y avait peiné, ou plutôt rien qu’à la vue du nom, j’ai été pris d’une joie exquise ; j’ai mis la main sur mon cœur et je l’ai senti battre plus fort que l’instant d’auparavant ; c’est ensuite que j’ai été au pilier du captif. — Victor Hugo en moulé, au crayon ; G. Sand gravé au couteau, sur le pilier qui vient après celui de Byron, celui du frère ; sur le même, plus haut, du côté de la muraille en roc brut, Mme Pauline Viardot née Garcia, parfaitement lisible. — À l’étage supérieur, petit arsenal, vue du lac. Les montagnes s’y reflétaient, les endroits où il y avait de la neige faisaient l’effet dans ce miroir de flambeaux blancs placés sur les pics, ils tiraient dans l’ombre de longs sillons lumineux. — Jolie maison de campagne en vue du lac, rond de gazon, enfants en costumes d’été jouant sous les arbres.

Clarence. — À peu près à la sortie du pays j’ai fait arrêter la voiture, je suis descendu et je suis entré dans une petite cour plantée et couverte