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VOYAGE EN FAMILLE.

Lausanne. — Caractère lourd, bon, épicier et platement intelligent de ses habitants. — Femmes laides, dénuées d’élégance. — Pas une. — Les deux fillettes riant et avenantes sur le seuil du tailleur, près de l’hôtel. — Deux ou trois costumes d’étudiant allemand. — La musique sous les grands arbres. Je me suis rappelé, à propos de l’intérieur de ces petites villes, les chœurs de bourgeois à la promenade dans Faust. — Le commandant, vrai ignoble. — Maison du docteur Mayor : la promenade en terrasse ; sa bonne, la plus belle fille de Lausanne, yeux noirs, cheveux noirs, air distingué, doux et tendre. — Échange de regard (femme de l’épicier italien). Je n’ai vu qu’une nuque noire, mais abondante et tressée ; au milieu des visages incolores (très colorés) et lourds des Suisses, c’était pour moi l’Italie me jetant un soupir d’au delà des monts. — Visite du médecin Mayor pendant le dîner. — Le soir, pluie, nous fumons le cigare au bas de l’escalier, et j’écris ceci, 10 heures vingt minutes du soir.

De Nyon, je ne me rappelle plus qu’une salle au rez-de-chaussée de l’hôtel où nous avons déjeuné, et le gros garçon agréable qui nous servait. Sur la hauteur de la ville, promenade à l’ombre de grands arbres. Ville tranquille et douce où l’on doit être bien quand on est malade.

Quand on est dans Coppet, on prend une rue à gauche (si l’on vient de Lausanne) et l’on monte au château de Mme de Staël. Arrivé devant la grille, que l’on a à droite, on voit derrière soi, un peu sur la droite, une grande avenue d’arbres et un parc à l’entrée duquel, caché dans les arbres, est le tombeau de Mme de Staël. Nous avons été