Page:Flaubert - Par les champs et par les grèves.djvu/62

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des branches de saule. Avec ses plumes vertes sur les tempes, ses longs cils abaissés, ses paupières demi-closes, elle a un air exquis de férocité, de volupté et de langueur. On comprend en la regar- dant toute la vie du sauvage, ses sensualités de viande crue, ses tendresses enfantines pour sa femme, ses hurlements à la guerre, son amour pour ses armes, ses soubresauts soudains, sa pa- resse subite et les mélancolies qui le surprennent sur les grèves en regardant les flots.

Tout cela existe encore, ce n’est pas un conte, il y a encore des hommes qui marchent nus, qui vivent sous les arbres, pays où les nuits de noces ont pour alcôve toute une forêt, pour plafond le ciel entier. Mais il faut partir vite, si vous les vou- lez voir; on leur expédie déjà des peignes d’é- caille et des brosses anglaises pour nettoyer leur chevelure, écumeuse de la sueur des courses, plaquée de rouge par le sang caillé des bétes féroces; on leur taille des sous-pieds pour les pantalons qu’on leur fait; on leur prépare des lois pour les villes qu’on leur bâtit; on leur envoie des martres d’école, des missionnaires et des journaux.

Nous évitons généralement ce qu’on a soin de nous indiquer comme curieux, ainsi nous n’avons vu ni la colonie de Mettray, près Tours, ni l’hô- pital des fous, à Nantes, ni les forges d’Indret, ni le fort Penthièvre, ni le phare de Belle-Isle et nous ne sommes pas encore entrés dans aucun des beaux cafés des villes où nous passons, mais nous sommes allés à Clisson.